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John de Soules ou Soulis

samedi 1er novembre 2025, par lucien jallamion

John de Soules ou Soulis (mort avant 1310)

Administrateur et Gardien de l’Écosse de 1301 à 1304

Second fis de William 1er de Soules, seigneur de Liddesdale [1] et bouteiller d’Écosse [2], et le jeune frère de Nicolas de Soules , Justiciar [3] de Lothian [4].

John de Soules est un cadet qui ne contrôle que la baronnie de Westerkirk en Eskdale et du droit de sa femme la vieille baronnie d’Ardross sur la côte de Fife [5].

Il apparaît vers 1280 dans l’ombre de son frère aîné, mais en 1284, il est comme chevalier, serviteur royal dans l’ambassade qui négocie le mariage de Yolande de Dreux avec Alexandre III d’Écosse. En 1289, ou peut-être avant 1286, il est sheriff [6] de Berwick [7], et est parmi les magnats présents lors des négociations de Birgham [8] en 1290. Dans la Grande Cause [9], son frère William et lui sont les auditeurs nommés par Robert V de Brus le Compétiteur bien que Nicholas de Soules le fils de William soit un des prétendants au trône.

John participe au Parlement de 1293 tenu par le roi Jean Balliol, où il apparaît dans un acte relatif à la sûreté du jeune Robert Bruce, comte de Carrick [10], et en 1295 il fait partie des ambassadeurs chargés de négocier le traité d’alliance avec la France. Il n’est pas mentionné parmi les nobles qui se soumettent à Édouard 1er d’Angleterre après sa victoire de 1296.

Il n’y a d’ailleurs pas de traces de sa présence en Écosse ou Angleterre à partir de 1295, et il semble qu’il est en France où il réside pendant 5 ans. Il reçoit des pensions de Philippe IV en février et mai 1299 et il est mentionné comme présent à Damme [11] en juillet 1299, dans l’attente de retourner en Écosse, juste au moment où le roi Jean 1er est relâché par les Anglais et remis à la garde du pape.

Il a été avancé que John de Soules revient effectivement en Écosse en 1299, mais il n’y pas de preuves de ce retour et il est très probable qu’il n’ait pas suivi les autres ambassadeurs et qu’il soit contacté par le roi Jean 1er qu’il rencontre à cette époque.

Jean de Fordun mentionne qu’à l’époque où John III Comyn est Gardien de l’Écosse [12], John de Soules est associé dans son office par l’ex roi Jean d’Écosse qui a été libéré de prison et qui réside à Bailleul.

Jean d’Écosse est relâché en juillet 1299 grâce à l’intervention du pape. Il réside à Malmaison dans le diocèse de Cambrai [13] puis à Gevrey-Chambertin [14] en Bourgogne sous la responsabilité du Saint-Siège.

Pendant l’été 1301 sa garde est confiée à Philippe IV qui l’installe dans son château ancestral de Bailleul-en-Vimeu [15] en Picardie [16]. En dépit de la chronologie de Fordun, il semble que le roi Jean d’Écosse ait nommé John de Soules gardien de l’Écosse avant son transfert sous la garde du roi de France car de Soules est nommé seul Gardien de l’Écosse au début de 1301.

John de Soules prend l’initiative remarquable de délivrer des chartes et d’autres actes au nom du roi Jean 1er d’Écosse, et répond par lettre du 21 mai 1301 aux arguments avancés à la cour pontificale par Édouard 1er pour justifier sa politique envers l’Écosse et envoie deux juristes se joindre à maître Baldred Bisset, président de la cour de l’évêque de St Andrews présent à la curie romaine [17], avec un dossier de contre-arguments convaincants.

L’action guerrière de John de Soules est moins efficace que sa guerre intellectuelle toutefois pendant l’été 1301 de Soules et Ingram de Umfraville combattent avec succès Édouard le prince de Galles dans le Sud-Ouest en attaquant la forteresse de Lochmaben les 7/8 septembre 1301 puis rassemblent leur troupes à Loudun dans le vain espoir de délivrer le château de Bothwell [18], assiégé par Édouard 1er. Néanmoins, les objectifs militaires du roi d’Angleterre ne sont pas réalisés et en janvier 1302, il accepte une trêve de 9 mois.

Désormais tout dépend de l’engagement d’Édouard 1er en France, ou de la conclusion d’une paix anglo-française qui inclut l’Écosse et à l’automne 1302 de Soules va en France avec une grande ambassade afin de tenter de convaincre Philippe IV d’intervenir en faveur de la cause écossaise. Toutefois l’Écosse n’est pas évoquée dans la paix que signe Philippe IV le 20 mai 1303 avec l’Angleterre.

John III Comyn et les autres magnats font la paix avec Édouard 1er à qui il se soumettent le 8 février 1304. John de Soules exilé de facto depuis 2 ans en France est inclus dans la paix mais il refuse de se soumettre et reste en France jusqu’à sa mort à une date inconnue avant 1310.

Jean de Fordun qui écrit 40 ans après sa mort n’a pas une haute opinion de John de Soules, mais il doit être jugé comme un politique ou un homme d’État, pas comme un chef de guerre. Pour un homme aux ressources limitées et de position sociale mineure, il a fortement impressionné les membres de la haute aristocratie par ses talents de diplomate.

John de Soulis avait épousé Margaret, fille de Merleswain, seigneur d’Ardross dans le Fife, veuve avant 1295 de Hugh de Perisby, ils ont une fille Muriella.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Michael Brown The Wars of Scotland 1214-1371 Edinburgh University Press (Édimbourg, 2004) (ISBN 0748612386).

Notes

[1] Le Liddesdale est la vallée de la rivière Liddel, dans le Roxburghshire, au sud de l’Écosse. Elle s’étend des environs de Peel Fell jusqu’à la River Esk dans la direction sud-ouest sur une distance de 21 milles (33,796224 km). La ligne Waverley du North British Railway passe le long de la vallée, et le Catrail, ou digue des Pictes, traverse sa tête. e Liddesdale est également un ancien district de l’Écosse, bordé à l’est par le Teviotdale, à l’ouest par l’Annandale, au nord par le Tweeddale et au sud par le comté anglais de Cumberland.

[2] Bouteiller était un titre donné au Moyen Âge à l’officier chargé de l’approvisionnement en vin d’une cour royale, impériale ou princière. Il pouvait aussi avoir un rôle d’échanson, ce qui signifie qu’il pouvait être amené à servir le roi à table dans les grandes occasions. Le titre apparaît en Occident à l’époque carolingienne. Le bouteiller est alors un des quatre grands officiers de la cour, avec le chancelier, le chambrier et le sénéchal. La fonction se diffuse alors dans la plupart des cours d’Europe occidentale. Dans les cours anglaises du Moyen Âge, il porte le nom de butler, qui a gardé les deux sens premiers d’échanson (celui qui sert le vin) et de bouteiller (celui qui gère les réserves de vin).

[3] Dans l’Angleterre et l’Irlande médiévales, le Chief Justiciar (appelé plus tard Justiciar ou justicier) occupait des fonctions semblables à celle du premier ministre du Royaume-Uni en tant que ministre en chef du roi.

[4] Le Lothian est une région traditionnelle d’Écosse, s’étendant entre la rive sud du Firth of Forth et les Lammermuir Hills. Son nom provient du semi légendaire roi breton Loth ou Lot. Au 7ème siècle, il devient la partie nord du royaume saxon de Northumbria. Mais au 8ème siècle les clans pictes la revendiquèrent en profitant de l’affaiblissement de la Northumbrie. Le Lothian est connu en Écosse pour avoir été la seule partie Anglo-saxonne de cette nation, et une des rares où l’écossais n’ait pas pris racine.

[5] Le Fife est une région côtière de l’est de l’Écosse, entre les estuaires de la Forth (Firth of Forth) et du Tay (Firth of Tay). Formant ainsi une péninsule naturelle, ses frontières ont peu bougé à travers les âges. C’est à la fois une subdivision actuelle de l’Écosse (council area avec pour capitale administrative Glenrothes), un comté historique, une région de lieutenance et une ancienne région d’Écosse. Les principales villes sont Dunfermline (chef-lieu), St Andrews et Kirkcaldy. C’est une région qui a toujours été tournée vers la mer et le commerce avec le continent.

[6] Shérif (en anglais sheriff) est le nom donné à une fonction politique et publique (en vigueur au Royaume-Uni, aux États-Unis, au Canada, en Australie, en Irlande et en Inde), de même qu’à la personne chargée de cette fonction.

[7] Berwick-upon-Tweed, ou simplement Berwick, est située dans le comté de Northumberland et est la ville la plus au nord de l’Angleterre, sur la côte Est, à l’embouchure de la Tweed. Elle est située à 4km au sud de la frontière écossaise. La ville a été fondée durant la période du royaume de Northumbrie qui faisait alors partie de l’Heptarchie. Le site a joué un rôle central dans les guerres qui ont opposé l’Angleterre et l’Écosse pendant des siècles ; la dernière fois que la ville a changé de main fut en 1482 quand les Anglais l’ont reconquise.

[8] Le traité de Birgham, aussi appelé traité de Salisbury, comporte deux traités visant à garantir l’indépendance de l’Écosse après la mort d’Alexandre III sans descendance en 1286. Garanti par le roi d’Angleterre Édouard 1er, le but du traité était de mettre un terme aux revendications concurrentes de la maison de Balliol et de la maison de Bruce. Les traités ont été rédigés à Salisbury en 1289 et Birgham, dans le Berwickshire, en 1290. Sous la condition que l’héritière de l’Écosse, Margaret, la jeune fille de Norvège, épouserait le fils d’Édouard, l’Écosse devait rester « séparée et divisée de l’Angleterre dans ses limites légitimes, libre et sans sujétion ». Le traité s’est avéré inefficace, à la fois parce que Margaret est morte lors de son voyage pour l’Écosse en 1290, et parce que les négociateurs anglais avaient inclus des réserves suffisantes pour rendre les clauses sur l’indépendance inutiles. En 1291, Édouard convoque les nobles écossais pour le rencontrer à Norham-on-Tweed et s’est proclamé seigneur d’Écosse (« seigneur suzerain de l’Écosse ») et force les prétendants au trône écossais à le reconnaître comme leur supérieur féodal.

[9] La crise de succession écossaise, ou « Grande Cause » (Great Cause en anglais) est un événement de l’histoire de l’Écosse qui débute en 1290, avec l’extinction de la maison de Dunkeld. Une douzaine de prétendants au trône écossais se font alors connaître. Le choix est effectué sous l’égide du roi d’Angleterre Édouard 1er et aboutit au sacre de Jean Balliol en 1292. L’ingérence d’Édouard dans les affaires écossaises débouche quelques années plus tard sur les guerres d’indépendance de l’Écosse.

[10] Le titre de comte de Carrick a été créé plusieurs fois dans la pairie d’Écosse, et une fois dans la pairie d’Irlande. En Écosse, la première création intervint autour de 1186, quand Duncan de Galloway (dit aussi Donnchadh de Carrick) fut fait comte de Carrick. Le gros des terres associées à ce titre sont dans l’Ayrshire. Marjorie de Carrick, la petite-fille de Duncan, qui plus tard porta le titre de son propre droit, épousa Robert VI de Brus, qui devint plus tard le 6ème lord d’Annandale. Leur fils, aussi nommé Robert, et connu en tant que Robert le Bruce, allait ensuite régner sur l’Écosse sous le nom de Robert 1er d’Écosse, rattachant le titre à la couronne. Robert fut aussi créé baron dans la pairie d’Angleterre par acte de sommation en 1295 en tant que Baron Bruce d’Anandale. Le titre s’éteint avec la mort de son frère Édouard, puis de son fils David de Brus en 1371. Ensuite, les rois d’Écosse recréèrent le titre à plusieurs reprises, mais le firent non-héritable, spécifiant qu’il serait rattaché à la couronne à la mort de chaque porteur.

[11] Damme est une ville néerlandophone de Belgique située en Région flamande dans la province de Flandre-Occidentale.

[12] Entre les 13ème et 16ème siècles, l’histoire du royaume d’Écosse se caractérise par de nombreuses minorités, périodes au cours desquelles, les rois sont captifs, absents ou empêchés, voire de vacances du pouvoir qui impliquèrent la mise en place de régences, parfois collectives, pendant lesquelles le pouvoir fut exercé par des Régents ou des Gardiens du Royaume.

[13] Le diocèse puis archidiocèse de Cambrai est une circonscription de l’Église catholique romaine en France. De sa création à 1559, l’évêché comprenait toute la rive droite de l’Escaut jusqu’à son embouchure dans la mer du Nord. Il était bordé au nord et à l’est par le diocèse de Liège, au sud par les diocèses de Laon et de Noyon et à l’ouest par les diocèses d’Arras, réuni à Cambrai jusqu’en 1094, et de Tournai. Il était un des trois diocèses de Basse Lotharingie, avec ceux de Liège et d’Utrecht et comptait six archidiaconés : Cambrai, Brabant, Bruxelles, Hainaut, Valenciennes et Anvers, recouvrant approximativement l’ancien territoire des Nerviens. C’est en 1094, à l’initiative d’Urbain II, au cours de la querelle des Investitures, que l’ancien diocèse d’Arras, uni pendant longtemps à celui de Cambrai, en fut séparé et considéré comme un ressort distinct

[14] Gevrey-Chambertin est une commune française située à 15 km au sud de Dijon dans le département de la Côte-d’Or.

[15] Bailleul est une commune française située dans le département de la Somme

[16] La Picardie fut entre 1477 et 1790, une province du royaume de France, en même temps qu’un territoire géographique et culturel, situé au nord-ouest de la France et bordé par la Manche. La province de Picardie n’émergea réellement qu’à la fin du Moyen Âge (fin du 15ème iècle), lorsqu’elle devint la marche frontière entre les Pays-Bas bourguignons et le royaume de France. Un gouvernement de Picardie fut alors créé, qui disparut à la Révolution française.

[17] La curie romaine est l’ensemble des dicastères et autres organismes du Saint-siège qui assistent le pape dans sa mission de pasteur suprême de l’Église catholique. « La Curie romaine dont le Pontife suprême se sert habituellement pour traiter les affaires de l’Église tout entière, et qui accomplit sa fonction en son nom et sous son autorité pour le bien et le service des Églises, comprend la Secrétairerie d’État ou Secrétariat du Pape, le Conseil pour les affaires publiques de l’Église, les Congrégations, Tribunaux et autres Instituts ; leur constitution et compétence sont définies par la loi particulière ».

[18] Le château de Bothwell est un château médiéval écossais, aujourd’hui en ruine, situé sur une hauteur près de la rivière Clyde. Il est situé dans le sud du Lanarkshire, en Écosse, entre Uddingston et Bothwell, à environ 16 km au sud-est de Glasgow