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Claude Catherine de Clermont dite la Maréchale de Retz

jeudi 21 août 2025, par lucien jallamion

Claude Catherine de Clermont dite la Maréchale de Retz (1543-1603)

Dame de Vivonne et de Dampierre-Baronne puis comtesse et duchesse de Retz-Dame de Machecoul-Pair de France-Salonnière française

Méconnue aujourd’hui, elle fut en son temps une grande dame de savoir et de sciences, brillante par l’étendue de sa culture. Elle aurait écrit des poésies, aujourd’hui disparues, et a laissé à la postérité un recueil de textes écrits par les gens de lettres qui fréquentèrent son salon littéraire.

Fille unique de Claude de Clermont mort en 1545, baron de Dampierre [1], et de Jeanne de Vivonne morte en 1583, dame de Vivonne [2].

Elle épousa, à l’âge de 18 ans en 1561, Jean d’Annebault, baron de Retz [3], seigneur de Machecoul [4], d’Annebault [5] et de La Hunaudaye [6], gentilhomme de la chambre de Charles IX, capitaine de Conches et d’Évreux [7], et qui la laissa veuve et sans enfant à 20 ans, à peine 2 ans plus tard, lorsqu’il fut tué à la bataille de Dreux [8] en 1562.

Catherine de Clermont acquit alors en toute propriété la baronnie de Retz de son défunt mari, tant par composition de douaire que par donation et remboursement de deniers dotaux.

Elle se remaria ensuite à l’âge de 22 ans le 4 septembre 1565 avec Albert de Gondi , seigneur du Perron, comte puis marquis de Belle-Île [9] et des Îles d’Hyères [10], pair de France [11], Général des Galères de France [12] et maréchal de France [13], de 20 ans son aîné, et dont elle eut 10 enfants. Par son mariage, Albert de Gondi devint ainsi le nouveau seigneur de Retz ; c’est sous sa tutelle que la baronnie de Retz devint duché de Retz en 1581.

D’une grande beauté et fort courtisée, Catherine de Clermont fut nommée dame d’honneur de la reine Catherine de Médicis, puis de Marguerite de Valois et d’ Élisabeth d’Autriche épouse de Charles IX, et gouvernante des enfants de France. Elle fut mêlée aux intrigues de cour et s’immisça même à plusieurs reprises en politique.

Si le nom de Claude-Catherine de Clermont est parvenu jusqu’à aujourd’hui, ce n’est pas tellement en tant que duchesse de Retz ou dame de la cour. C’est plutôt à cause de “son salon vert de Dictynne”, salon mondain qu’elle tint à Paris, face au Louvre, et où se réunirent les plus beaux esprits de l’époque, surtout des poètes, mais aussi des peintres, des musiciens, des philosophes et des hommes politiques( [14]. Tous fréquentèrent son salon, lui dédièrent leurs œuvres et lui adressèrent leurs vers, dans lesquels ils la chantèrent même sous les noms de Dictynne ou de Pasithée.

Autour d’elle, tournoyait également toute une cour de femmes belles et brillantes [15], toutes célébrées sous des surnoms issus de la mythologie.

Catherine de Clermont fit recopier et rassembler dans un manuscrit les vers que ses nombreux admirateurs et louangeurs lui consacrèrent : 173 pièces écrites en français pour la plupart, mais aussi en italien et en latin, mêlant tous les genres, depuis le sonnet jusqu’à “la villanelle”, en passant par l’élégie, le cartel ou les rimes tierces, textes tous anonymes, à l’exception de 21 qui ont été identifiés et 3 attribués probablement. Ce recueil a une valeur documentaire sur la vie de cour, sur la situation politique et religieuse de l’époque, sur l’essor des salons mondains, et témoigne des goûts poétiques d’alors, marqués par le néo-pétrarquisme.

Catherine de Clermont parlait couramment l’italien, savait parfaitement le latin et le grec, et connaissait plusieurs autres langues étrangères. En 1573, lorsque les ambassadeurs de Pologne vinrent demander le duc d’Anjou, futur Henri III, pour roi, elle leur répondit publiquement en latin pour la reine mère, et son discours l’emporta sur ceux du chancelier René de Birague et du comte Philippe Hurault de Cheverny , qui répondaient pour Charles IX et le duc d’Anjou.

Extrêmement cultivée, Catherine de Clermont acquit ainsi une grande réputation par ses réalisations intellectuelles, qualifiée de dixième muse et de quatrième grâce.

Elle fit aussi œuvre de mécène en soutenant la fondation de l’Académie de musique et de poésie [16] de Jean Antoine de Baïf en 1570.

Enfin, Catherine de Clermont joignait également le courage à la science : pendant l’absence de son époux, les ligueurs menacèrent ses terres ; elle assembla des troupes à ses frais, se mit à leur tête, et força les factieux à prendre la fuite.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de histoire de Claude Catherine de Clermont/Roland Guillot, Bulletin de l’Association d’étude sur l’humanisme, la réforme et la renaissance, 2005, vol. 60, n° 1

Notes

[1] Le château de Dampierre est situé dans le petit village de Dampierre-sur-Boutonne en Charente-Maritime.

[2] Vivonne est une commune du Centre-Ouest de la France, située dans le département de la Vienne

[3] Le roi de France Henri III érige la baronnie de Retz en duché-pairie de Retz en 1581, en faveur d’Albert de Gondi et de ses descendants. Le duché est constitué des pays, comté et baronnie de Retz, circonstances et dépendances. Le Pays de Retz étant lui-même composé des châtellenies de Machecoul, Prigny, Bourgneuf, La Bénate, Les Huguetières, Pornic, Princé, Le Coutumier, Veulx, Arthon, etc.

[4] La ville de Machecoul (Loire-Atlantique) était une châtellenie et une seigneurie du Pays de Retz. Les premiers seigneurs de Retz étaient à l’origine des seigneurs de Sainte-Croix (ancien nom de Machecoul). Aux 12 et 13ème siècles, la seigneurie de Machecoul fut détachée du Pays de Retz, avant que les seigneurs de Retz n’en reprissent possession. Machecoul est un lieu chargé d’histoire. Elle a été le fief de différentes familles de seigneurs qui se sont succédé depuis le 11ème siècle.

[5] Annebault est une commune française, située dans le département du Calvados

[6] Le château de la Hunaudaye, construit une première fois au 13ème siècle et reconstruit aux 15ème siècle et 16ème siècle, est situé sur le territoire de la commune française de Plédéliac, dans les Côtes-d’Armor, en Bretagne. Le but poursuivi avec l’édification de ce château était probablement de surveiller le Poudouvre (pays de Dinan) dont la frontière avec le Penthièvre (pays de Lamballe) était constituée par l’Arguenon, cours d’eau situé à deux kilomètres de là. Henri 1er d’Avaugour s’était en effet réfugié au Poudouvre et aurait pu envisager de récupérer ses terres.

[7] Évreux est une commune française, préfecture du département de l’Eure. Elle est située à 96 kilomètres de Paris.

[8] Le 19 décembre 1562, sous la régence de Catherine de Médicis, la campagne sud de la ville de Dreux est le théâtre du premier choc important des guerres de religion entre les troupes protestantes du prince de Condé et de l’amiral de Coligny et l’armée catholique et royale dirigée par le « triumvirat » composé du connétable de Montmorency, du duc de Guise et de Jacques d’Albon de Saint-André, ancien favori d’Henri II, maréchal de France et premier gentilhomme de la Chambre.

[9] Belle-Île-en-Mer, parfois surnommée simplement « Belle-Île » est une île française du golfe de Gascogne située dans le département du Morbihan, dans le sud de la Bretagne. En 1548, le roi Henri II décide d’entreprendre sa fortification et sa mise en défense en faisant reconstruire le fort de Palais. Comme l’île ne possède comme pierre que des schistes friables, les pierres de granit venant de la démolition du château d’Auray sont transportées par bateau et les travaux avancent lentement. Les moines opposent l’insuffisance des richesses de l’île pour financer des travaux aussi importants. Belle-Île est encore pillée en 1567, cette fois par les Espagnols. En 1573, durant les Guerres de Religion, l’île est occupée par Gabriel de Montgomery, chef militaire protestant. Réfugié en Angleterre, il vient soutenir Coligny. La garnison de Montgomery est chassée par une escadre armée par Albert de Gondi, duc consort de Retz. Belle-Île est alors érigée en marquisat en 1573 et concédée par le roi à ce riche gentilhomme venu d’Italie guerroyer pour le Roi et favorisé par Catherine de Médicis. Belle-Île est désormais le siège d’une sénéchaussée. Les Gondi commencent la réédification d’une forteresse à Palais et de différents ouvrages de guet sur les côtes. L’île connaît une certaine tranquillité et une certaine prospérité grâce à ce chantier. Mais les finances des Gondi qui ont de lourdes charges ne suffisent plus. Son petit neveu et héritier, Paul de Gondi, cardinal de Retz, frondeur persécuté par Louis XIV et Mazarin, vint se réfugier à Belle Isle au cours de l’été 1654 après son évasion de la prison de Nantes, et une rocambolesque cavalcade qui s’ensuivit. Son cousin le Duc de Retz avait d’importantes dettes, il dut se résoudre en 1658 à mettre en vente l’île qui trouva preneur pour le prix de un million quatre cent mille livres.

[10] Les îles d’Hyères sont un archipel composé de quatre îles (Porquerolles plus les îles d’Or : Port-Cros, île de Bagaud, île du Levant), quelques îlots et rochers français en mer Méditerranée, situés au large de la presqu’île de Giens (commune d’Hyères) et du cap Bénat (commune de Bormes-les-Mimosas), dans le département du Var. Elles sont administrativement rattachées à la ville d’Hyères. Une partie des îles et de la zone maritime environnante constitue le parc national de Port-Cros.

[11] La pairie de France est composée des grands officiers, vassaux directs de la couronne de France, ayant le titre de pair de France. Ils représentent les électeurs primitifs à la royauté à l’époque où la primogéniture n’est pas de règle, et assurent la dévolution de la couronne selon les lois fondamentales du royaume, ainsi que le choix de la régence en cas de minorité. Le nombre de pairs de France est un temps fixé à douze : six pairs ecclésiastiques et six pairs laïcs. Depuis 1180, on les voit chargés d’assurer la succession et être associés à la cérémonie du sacre où ils représentent chacun une fonction symbolique de l’investiture. À partir de la fin du 13ème siècle, les six pairies laïques, dont les terres sont revenues à la couronne, sont des apanages princiers, et les nouveaux pairs qui sont créés ne jouent qu’un rôle cérémoniel. La pairie, qui est un office de la couronne et non un titre de noblesse, devient un moyen pour les rois de distinguer et de s’attacher les nobles les plus importants du royaume. Le mouvement s’accélère au 16ème siècle : le roi nomme alors de simples gentilshommes à la pairie, les hissant au sommet de la pyramide des dignités en France. Il faut, pour être pair, jouir d’un fief auquel est attaché une pairie et descendre de la première personne à qui avait été attribué l’office. Le rôle des pairs de France, à l’époque de l’Ancien Régime, à la différence des pairs britanniques, est seulement honorifique.

[12] Le général des Galères de France était un grand officier de la couronne de France sous l’ancien Régime. Il exerçait le commandement des galères de France, sous l’autorité de l’amiral de France. Ses pouvoirs sont précisés par Charles IX en 1562.

[13] Depuis la création du titre, en 1185, il y a eu 342 maréchaux de France. L’office de maréchal n’est devenu militaire que depuis le début du 13ème siècle. À son origine, le maréchal de France n’a qu’un rôle d’intendance sur les chevaux du roi. Son office devient militaire au début du 13ème siècle, tout en étant subordonné au connétable. Le premier à porter le titre de maréchal du roi de France avec une fonction militaire était Albéric Clément, seigneur de Mez, désigné par Philippe Auguste, en 1185. Après l’abolition de l’office de connétable par Richelieu en 1624, les maréchaux deviennent les chefs suprêmes de l’armée. Parfois le roi crée une charge de maréchal général des camps et armées du roi, qu’il confie au plus prestigieux de ses maréchaux. Outre leurs fonctions militaires, les maréchaux ont aussi la responsabilité du maintien de l’ordre dans les campagnes, par l’intermédiaire des prévôts des maréchaux, d’où l’appellation de « maréchaussée » donnée à l’ancêtre de la gendarmerie. Jusqu’en 1793, date de l’abolition de cette charge, il y eut 263 maréchaux de France.

[14] Philippe Desportes, Rémy Belleau, Jean Antoine de Baïf, Pierre de Ronsard, Étienne Jodelle, Pontus de Tyard, Amadis Jamyn, Jean de La Gessée, Siméon-Guillaume de La Roque, Antoine de Laval, Flaminio de Birague, Étienne Pasquier, Scévole de Sainte-Marthe, Jean Bertaut, Nicolas Rapin, l’organiste du roi Guillaume Costeley, etc.

[15] Henriette de Clèves, Mademoiselle d’Aquaviva, Hélène de Donsèque de Surgères, Madeleine de L’Aubépine, Madeleine de Bourdeille, Gilonne de Goyon, etc.

[16] L’Académie de musique et de poésie, appelée aussi Académie de Baïf ou Académie du Palais, est une académie, la première en France, fondée en 1570 par le poète Baïf et le musicien Joachim Thibault de Courville. Vers la fin de 1567, Baïf conçut la première idée de son Académie de musique et de poésie qui avait pour objet d’assurer, entre musiciens et poètes, un échange de bons avis et de bons offices. De concert avec Joachim Thibault de Courville, il fit de consciencieux essais, avant de les soumettre au jugement du public. Le but principal de Baïf, en fondant cette société, était de revitaliser et transformer la versification française en unissant plus étroitement la musique et la poésie en leur imposant à toutes deux les mêmes lois. Baïf se proposait d’y parvenir en appliquant les vers mesurés à l’antique, en usage chez les Grecs et les Latins, à la poésie et, ainsi, de combiner celle-ci à la musique mesurée à l’antique. Il recruta des musiciens français, dont le plus influent était Claude Le Jeune, ainsi que Eustache du Caurroy et Jacques Mauduit. À ce projet, était également rattaché sa réforme orthographique, qui devait rapprocher l’écriture de la prononciation et distinguer par des signes convenus les syllabes brèves des syllabes longues. Il présenta un projet de règlement de la future compagnie à Charles IX qui accorda le privilège requis, en des lettres patentes le 15 novembre 1570, dans lesquelles le roi s’en déclarait le protecteur et le premier auditeur. Le Parlement mit une mauvaise grâce non dissimulée à contrecarrer ces projets en prétendant que l’entreprise de Baïf tendait à « corrompre, amolir, effrener et pervertir la jeunesse. » Baïf proposa à la Cour d’envoyer une délégation à un des concerts mais le Parlement renvoya la requête aux différentes Facultés. Le 22 janvier 1571, le recteur exposa qu’il en avait conféré avec l’archevêque de Paris, et que ce dernier avait promis de se joindre à l’Université, si elle produisait de bonnes et valables raisons contre l’Académie. Les Facultés avaient entrepris l’examen minutieux de l’affaire lorsque le roi coupa court à ces ergotages en ordonnant l’ouverture de l’Académie. Il fit plus en obligeant ses principaux favoris à en faire partie, et « octroya à Baïf, de temps en temps, quelques offices de nouvelle création et de certaines confiscations » pour subvenir aux premières dépenses.