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L’histoire pour le plaisir

Constantin Barbaros

samedi 26 juillet 2025, par lucien jallamion

Constantin Barbaros

Eunuque byzantin

Il atteint le poste de parakoimomène [1] de l’empereur Léon VI le Sage, prenant la place de Samonas , son ancien maître. Il détient à nouveau ce poste durant la régence de Zoé Carbonopsina de 913 à 919, lors de laquelle il joue un rôle important dans le gouvernement de l’empire.

Toutefois, il perd sa position après qu’il a décidé de soutenir Léon Phocas l’Ancien dans sa rivalité avec Romain Lécapène pour la prise du trône impérial. Cependant, il est nommé au poste de primicerius [2] par Lécapène.

Constantin est le fils d’un paysan ou d’un propriétaire terrien du nom de Métrios, originaire de Paphlagonie [3]. Il est castré par son père alors qu’il est encore jeune, de manière à lui ouvrir une carrière à la cour impériale. Constantin a au moins une sœur, qui est mariée au général Léon Phocas l’Ancien et est une parente des eunuques Constantin Gongylès et Anastase Gongylès.

Constantin est mentionné pour la première fois dans les sources comme simple servant, certains historiens modernes estimant même qu’il a le statut d’esclave, bien que cela soit peu probable. Il est au service du magistros [4] et kanikleios [5] Basile, dont rien n’est connu. Par la suite, il entre au service de Samonas, le puissant chambellan impérial et ancien prisonnier de guerre arabe, lui aussi eunuque. En devenant le favori de Léon VI, il a atteint le rang de patrice [6], qui est le plus important que peut atteindre un eunuque, ainsi que le poste de protovestiarite [7]. En 907, il accède au poste de parakoimomène.

La même année, dans le but de s’attirer les faveurs de Zoé Carbonopsina, la quatrième femme de Léon, il se présente à elle avec Constantin comme cadeau. Le couple impérial apprécie rapidement Constantin, et Samonas s’inquiète rapidement à propos de sa propre influence et de sa position.

De ce fait, il essaie de calomnier Constantin en affirmant qu’il a eu une liaison avec l’impératrice. Dans un premier temps, Léon donne du crédit à ces accusations et Constantin est banni au sein du monastère Saint-Taraise, et c’est Samonas lui-même qui le tonsure.

Toutefois, rapidement, Léon décide de pardonner à Constantin et le fait revenir au palais. Samonas élabore alors un nouveau stratagème. Avec son secrétaire, Constantin de Rhodes [8], il produit un pamphlet, supposément écrit par Constantin, insultant l’empereur. Il s’arrange ensuite pour que ce dernier le lise.

Cependant, ses machinations sont révélées par l’un des conspirateurs, et Samonas est démis de ses fonctions, tonsuré et banni durant l’été 908. C’est Constantin qui lui succède comme parakoimomène, et Léon le gratifie d’un monastère à Nosiai*, inauguré par l’empereur et le patriarche Euthyme en personnes.

Constantin reste parakoimomène jusqu’à la mort de Léon mais il est congédié parAlexandre, le frère et successeur de Léon. Cependant, Zoé le rappelle alors qu’elle assume la régence de son jeune fils, Constantin VII, à l’automne 913.

Peu après, Constantin accuse Théophylacte, le commandant de l’Hétairie [9], de complot pour faire couronner son frère. L’impératrice Zoé ne tarde pas à congédier Théophylacte. Lors du reste de sa régence, Constantin joue un rôle important dans la gouvernance de l’empire.

Deux lettres du patriarche Nicolas Mystikos à Constantin montrent son implication dans l’administration fiscale, notamment l’exploitation des propriétés de l’Église au bénéfice du trésor impérial, ainsi que dans l’organisation de jeux comprenant des combats d’animaux, pour célébrer une alliance avec les Petchénègues [10]. En ce qui concerne cet événement, le patriarche estime qu’il est hérétique et il demande à Constantin et aux autres principaux responsables de faire pénitence. Au cours de la période 914/918, sa sœur décède et Nicolas Mystikos lui envoie une lettre de condoléances. Dans le De Administrando Imperio [11] écrit par Constantin VII, il est précisé que Constantin Barbaros est congédié pour incompétence et est critiqué à propos de certaines de ses décisions sur des promotions et des nominations.

Après une série de lourdes défaites militaires dans une guerre contre les Bulgares [12], le régime de Zoé est fragilisé et la possibilité de siéger sur le trône s’ouvre pour d’ambitieux chefs militaires.

Parmi eux figurent Léon Phocas, le beau-frère de Constantin, ainsi que Romain Lécapène, le commandant de la marine byzantine. Même si ces deux hommes tiennent une large part de responsabilité dans les défaites contre les Bulgares, ils contrôlent les seules forces militaires disponibles près de Constantinople [13].

Selon les chroniqueurs byzantins, au cours de l’hiver 918/919, Constantin conduit des tractations pour assurer la montée au pouvoir de Phocas. Pressé par son tuteur Théodore, le jeune Constantin VII se tourne vers Lécapène pour obtenir du soutien. Hésitant au début, l’amiral accepte. Toutefois, il est possible que ce complot de Constantin ait été inventé de toutes pièces par les partisans de Romain Lécapène pour justifier l’ascension au pouvoir de ce dernier. Même si l’alliance entre Romain et le jeune empereur est rapidement connue dans la capitale, Constantin n’y prête pas attention.

Ainsi, quand il se rend en personne pour visiter les navires de la flotte, il est fait prisonnier par les hommes de Lécapène. Quand l’impératrice se rend au port pour connaître les raisons de cette arrestation, Théodore lui répond que Léon Phocas a ruiné l’empire en raison de ses défaites contre les Bulgares et que Constantin ruine le palais. Ce coup d’État sans effusion de sang est un succès.

Nicolas Mystikos est nommé comme régent à la place de Zoé et il décide de congédier Léon Phocas de son poste de domestique des Scholes [14]. Toutefois, alors que le patriarche essaie de réduire l’influence de Lécapène, l’amiral s’empare du port du Boucoléon [15] le 25 mars et contraint le patriarche à quitter le palais.

Si Constantin VII récupère en façade l’entièreté du pouvoir, c’est en réalité Lécapène et ses partisans qui sont aux commandes de l’empire. Quant à Constantin Barbaros, il est autorisé à garder sa position au début mais uniquement après avoir juré fidélité et avoir écrit des lettres à son beau-frère, lui intimant de ne pas se révolter. Toutefois, cela s’avère insuffisant car Léon Phocas se révolte en octobre 920. Les sources rapportent que le parakoimomène soutient sa prétention au trône, ce qui est peu probable étant donné qu’il n’est pas puni après l’échec de la rébellion de Léon Phocas.

Selon la Vie de Basile le Jeune, Constantin conserve le rang de primicerius au cours de la dernière moitié du règne de Romain Lécapène, entre 931 et 944. Il peut aussi conserver son palais près d’Arcadianae, construit pour lui sur les deniers impériaux lorsqu’il était parakoimomène. L’hagiographie [16] rapporte que Constantin a hébergé Basile chez lui pendant plusieurs années jusqu’à sa mort. Là, Basile dispose de quartiers propres où il reçoit ses invités et effectue des « guérisons miraculeuses », ce qui lui permet d’être connu auprès de plusieurs hauts personnages de l’empire, dont Romain Lécapène et l’impératrice Hélène Lécapène. À la mort de Basile, Constantin est toujours en vie.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Shaun Tougher, The Reign of Leo VI (886-912) : Politics and People, Leiden : Brill, 1997, 262 p. (ISBN 978-90-04-10811-0

Notes

[1] chambellan en chef

[2] Du latin primicerius (pl. primicerii), le titre de primicier (on trouve également primicère) désignait dans l’Empire romain tardif et dans l’Empire byzantin certains dignitaires de la cour ainsi que certains chefs de départements dans l’administration civile et militaire. Il fut aussi utilisé dans l’Église pour désigner les supérieurs de certaines églises ou chapitres ainsi que les responsables de divers groupes comme les chantres ou les lecteurs.

[3] La Paphlagonie est une ancienne région de l’Asie Mineure, sur la côte nord, entre la Bithynie et le Pont, bornée au sud par la Galatie, qui avait pour capitale Amastris (Amasra) et comme villes principales Gangra (Çankırı) et Sinope (Sinop). Selon Hérodote, la Paphlagonie est au 6ème siècle av jc sous la domination de Crésus, roi de Lydie. En 480 av jc, elle envoie un contingent, dirigé par un certain Dotos, fils de Mégasidrès à Xerxès 1er pour son invasion de la Grèce. Après Alexandre le Grand, la Paphlagonie devint un royaume, dont le dernier roi Pylémène II, légua à sa mort, en 121 av jc, son territoire au père de Mithridate VI. Ce pays devint dès lors un sujet de guerre entre les rois du Pont et ceux de Bithynie. Les Romains, vainqueurs de Mithridate, la réduisirent en province romaine, et la réunirent à la province du Pont en 63 av jc. Elle en fut séparée et fit partie sous Dioclétien du diocèse du Pont.

[4] Le magister officiorum ou maître des offices est un haut fonctionnaire romain de l’époque du Bas-Empire. Sous l’Empire byzantin, il devient une dignité, le magistros, avant de disparaître au 12ème siècle.

[5] Le kanikleios est l’un des postes les plus importants de la chancellerie impériale byzantine. Son détenteur est le gardien de l’encrier impérial (le kanikleion) qui est taillé en forme de petit chien (du latin : canicula) et qui contient l’encre écarlate avec laquelle l’empereur byzantin signe les documents impériaux.

[6] Patrice est un titre de l’empire romain, créé par Constantin 1er. Dans les années 310-320, Constantin abolit le patriciat romain, vieille distinction sociale qui avait ses racines au début de la république romaine. Le titre de patrice est désormais accordé par l’empereur à des personnes de son choix, et non plus à des familles entières. Dès son apparition, le titre de patrice permet à son titulaire d’intégrer la nobilitas, comme le faisait déjà le patriciat républicain. Le titre était décerné à des personnages puissants mais non membres de la famille impériale ; il vient dans la hiérarchie immédiatement après les titres d’Auguste et de César. Ce titre fut ensuite conféré à des généraux barbares au service de l’empire. Le titre fut encore porté par des notables gallo-romains au 6ème siècle. Sous les Mérovingiens, le titre de patrice était donné au commandant des armées burgondes. Les papes l’ont notamment décerné à plusieurs reprises pour honorer des personnages qui les avait bien servis. Le titre fut également conservé dans l’Empire byzantin, et son importance fut même accrue au 6ème siècle par Justinien 1er, qui en fit la dignité la plus haute de la hiérarchie aulique. C’était une dignité accordée par brevet. Dans les siècles suivants, elle fut progressivement dévaluée par la création de nouveaux titres. La dignité de patrice disparut à Byzance au 12ème siècle.

[7] Les Vestiaritai étaient un corps de la garde impériale byzantine, chargés de la protection du trésor impérial ; leur existence est attestée du 11 au 15ème siècle.

[8] Rhodes est une île grecque, la plus grande île du Dodécanèse. Elle est située au sud-est de la mer Égée, à 17,7 km de la Turquie, entre la Grèce et l’île de Chypre. Le colosse de Rhodes, l’une des sept merveilles du monde, était une statue gigantesque, traditionnellement située à l’entrée du port de la ville de Rhodes.

[9] L’Hétairie est un corps de la garde impériale de l’Empire byzantin. L’hétairie signifie la compagnie en échos aux Compagnons formant l’élite de la cavalerie du royaume de Macédoine. L’Hétairie impériale est principalement composée de mercenaires et constitue la garde impériale aux côtés de la tagma du 9 au 12ème siècle. Cependant, le terme s’applique aussi aux petits corps de garde thématiques dirigés par un comte. À partir du 13ème siècle, le terme est aussi employé dans un sens générique pour les suites armées des magnates liés par serment à leurs maîtres

[10] Les Petchénègues ou Petchenègues sont un peuple nomade d’origine turque qui apparaissent à la frontière sud-est de l’empire khazar au 8ème siècle. Ils s’installent au 10ème siècle au nord de la mer Caspienne. Selon la légende, ils constituent la tribu Peçenek des Oghouzes, issue de Dağ Han (« prince montagne »).

[11] Le « De administrando Imperio » (litt : « Au sujet de l’administration de l’Empire ») est le titre latin communément utilisé pour un ouvrage écrit en grec ancien vers 950 par l’empereur byzantin Constantin VII. Manuel de politique intérieure et étrangère écrit à l’intention de son fils le futur empereur Romain II, le livre est un exposé géographique et historique des peuples qui composaient ou entouraient l’empire, les relations qu’il convenait d’entretenir avec eux et les procédés diplomatiques ou militaires susceptibles de produire les résultats voulus.

[12] Le Premier Empire bulgare désigne un État médiéval chrétien et multiethnique qui succéda au 9ème siècle, à la suite de la conversion au christianisme du Khan Boris, au Khanat bulgare du Danube, fondé dans le bassin du bas Danube. Le Premier Empire bulgare disparut en 1018, son territoire au sud du Danube étant réintégré dans l’Empire byzantin. À son apogée, il s’étendait de l’actuelle Budapest à la mer Noire, et du Dniepr à l’Adriatique. Après sa disparition, un Second Empire bulgare renaquit en 1187.

[13] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[14] chef des armées impériales en Europe

[15] Le Palais de Boucoléon est un ensemble situé à Constantinople, composé jadis d’un port artificiel construit au 4ème siècle et de plusieurs palais construits par Nicéphore II Phocas. Considéré comme la résidence maritime des Empereurs, il faisait partie du domaine impérial du Palais Sacré. Il tire son nom d’une sculpture située à son entrée représentant le combat d’un bœuf et d’un lion. La sculpture fut détruite tardivement par un tremblement de terre.

[16] L’hagiographie est l’écriture de la vie et/ou de l’œuvre des saints. Pour un texte particulier, on ne parle que rarement d’« une hagiographie », mais plutôt d’un texte hagiographique ou tout simplement d’une vie de saint. Le texte hagiographique étant destiné à être lu, soit lors de l’office des moines soit en public dans le cadre de la prédication. Un texte hagiographique recouvre plusieurs genres littéraires ou artistiques parmi lesquels on compte en premier lieu la vita, c’est-à-dire le récit biographique de la vie du saint. Une fresque à épisode est également une hagiographie, de même qu’une simple notice résumant la vie du bienheureux. Par rapport à une biographie, l’hagiographie est un genre littéraire qui veut mettre en avant le caractère de sainteté du personnage dont on raconte la vie. L’écrivain, l’hagiographe n’a pas d’abord une démarche d’historien, surtout lorsque le genre hagiographique s’est déployé. Aussi les hagiographies anciennes sont parsemées de passages merveilleux à l’historicité douteuse. De plus, des typologies de saints existaient au Moyen Âge, ce qui a conduit les hagiographes à se conformer à ces modèles et à faire de nombreux emprunts à des récits antérieurs.