Sirice dit Saint Sirice (vers 320-399)
38ème Pape de l’Église catholique de décembre 384 à 399
Il est le premier qui porte effectivement le titre de pape.
Fils d’un dénommé Tiburce. Selon son épitaphe, il est lecteur, puis diacre [1], sous le pontificat de Libère.
Une lettre de l’empereur Valentinien II au préfet de Rome [2] indique que Sirice est élu pape à l’unanimité à la mort du pape Damase.
Son premier acte officiel revêt une portée historique très importante. En effet, Himérius , évêque de Tarragone [3], avait adressé à Damase une liste de 15 questions portant sur le baptême, la pénitence, l’ordination ou encore le mariage. Fraîchement élu, Sirice lui répond le 10 février 385. Les indications données n’ont rien de révolutionnaire : elles reprennent des dispositions du concile de Nicée de 325 [4] ou encore du concile de Sardique [5] en 343 [6]. Cependant, Sirice les assortit de sanctions.
Pour la première fois un avis de l’évêque de Rome devient une loi pour l’ensemble de l’Église. Cette lettre constitue la première décrétale [7] authentique connue. Sirice a pleinement conscience de son autorité sur l’ensemble de l’Église.
Cette décrétale est suivie d’autres missives incitant les évêques d’Afrique à appliquer les canons de 2 conciles romains, l’un convoqué par Damase et l’autre par lui-même en 386. Le premier canon concerne la consécration de l’évêque et l’obligation de chasteté des clercs. Le second exige une enquête préalable sur les candidats aux ordres. Ainsi s’amorce la législation pontificale.
Sirice œuvre avec énergie contre les hérétiques, en collaboration avec Ambroise, évêque de Milan [8]. Lors du concile de Capoue en 392 [9], il condamne Bonose, évêque de Sardique, qui nie la virginité de Marie. La même année, il condamne lors d’un concile romain le moine Jovinien, qui non seulement nie aussi la virginité de Marie, mais récuse la vie de célibat et de chasteté. Il laisse cependant aux églises locales le soin de sanctionner les 2 hérétiques.
À la suite de Damase, il intervient dans la controverse des priscillianistes [10].
Après la mort de l’empereur Maxime en 388, il sanctionne les évêques ayant livré Priscillien et ses compagnons au bras séculier. C’est le cas en particulier de Ithace d’Ossonoba, évêque de la cité d’Ossonoba [11] où avait été exécuté Priscillien. Sirice condamne également Félix, évêque de Trèves [12], qui soutient Ithace. Enfin, il autorise le retour au sein de l’Église des priscillianistes.
Sous son règne est bâtie la basilique Saint-Paul-hors-les-murs [13], sur la tombe présumée de l’apôtre, sur la via Ostiensis [14]. Sirice la consacre en 390 ; son nom figure sur l’un des piliers ayant survécu à l’incendie de 1823. Il fut, à l’origine, inhumé dans la Catacombe de Priscille, à Rome [15].
Saint Jérôme évoque dans une lettre son manque de jugement. Il lui reproche d’avoir délivré à Rufin d’Aquilée, suspecté d’hérésie, un certificat d’orthodoxie. Au contraire, saint Ambroise loue dans une lettre son action contre les hérésies. Isidore de Séville le qualifie de clarissimus pontifex [16].
Notes
[1] Fonction créée par les Apôtres pour se décharger des soucis matériels. Ainsi, le diacre est chargé de distribuer les aumônes à leur place. Peu à peu, il assiste le prêtre dans des tâches spirituelles telles que la distribution de l’eucharistie et le baptême. Saint Etienne a été le premier diacre.
[2] Le préfet de Rome ou préfet de la Ville est une magistrature romaine non collégiale et non élective, chargée de gouverner la ville. Si les historiens romains mentionnent durant la monarchie romaine et la République archaïque une délégation temporaire et épisodique pour défendre la ville en l’absence des titulaires du pouvoir, la préfecture de Rome n’est une magistrature réelle que sous l’Empire.
[3] L’archidiocèse de Tarragone est une église particulière de l’Église catholique en Espagne. Érigé au 1er siècle, le diocèse de Tarragone est élevé au rang d’archidiocèse métropolitain dès le 5ème siècle. Il est l’archidiocèse historique de Catalogne.
[4] Le premier concile œcuménique se tint à Nicée, de la fin mai au 25 juillet 325. Il eut pour objectif principal de définir l’orthodoxie de la foi, à la suite de la controverse soulevée par Arius sur la nature du Christ.
[5] aujourd’hui Sofia en Dacie
[6] Le concile de Sardique est convoqué par les empereurs Constant et Constance, sur l’instance du pape Jules 1er. Le concile de Sardique a lieu à Sardica ou Serdica, actuelle Sofia, en Bulgarie. Le motif de ce synode était l’examen du conflit entre les évêques occidentaux orientaux catholiques, d’une part, et des orientaux arianisants. Le concile est présidé par Ossius de Cordoue et réunit 170 évêques. Il répondit au concile de Philippopolis, conciliabule où les évêques favorables à l’arianisme avaient osé excommunier Ossius, le pape Jules Ier et Protogène de Sardique après avoir confirmé les mesures irrégulières prises au cours du conciliabule d’Antioche de 341 contre S. Athanase. Le concile de Sardique affirme la primauté du Pontife romain, suprême recours et suprême juridiction de l’Église, et combat les Ariens.
[7] lettre pontificale sur des questions de discipline ou de droit canonique
[8] Le diocèse de Milan fut fondé dès le 3ème siècle, et élevé au rang d’archidiocèse au 8ème siècle. Il s’agit aujourd’hui du plus important diocèse d’Italie. L’archevêque de Milan est l’évêque métropolitain des diocèses suffragants de Bergame, Brescia, Côme, Crema, Crémone, Lodi, Mantoue, Pavie et Vigevano. Parmi les archevêques de Milan, nombreux sont ceux qui ont joué un rôle important dans l’histoire de l’Église catholique, et plusieurs furent élus papes.
[9] Le concile de Capoue s’est tenu pour terminer le schisme d’Antioche. L’empereur Théodose l’accorda à l’instante prière des Occidentaux. Car, quoique, par la mort de Paulin, Flavien dût passer alors pour le seul légitime évêque d’Antioche, Evagre, que Paulin avait élu en mourant, contre la disposition expresse des canons, avait été reçu pour tel, à cause de l’aversion que ces longues disputes avaient fait naître contre Flavien.
[10] Le priscillianisme est une des premières hérésies condamnées par la jeune Église de Rome. Certains la rapprochent de celle des pauliciens.
[11] diocèse correspondant géographiquement à l’actuel diocèse de Faro au Portugal
[12] Le diocèse de Trèves est une Église particulière de l’Église catholique dans le land de Rhénanie-Palatinat, en Allemagne. Trêves est la plus ancienne ville d’Allemagne et un diocèse également très ancien élevé au rang d’archidiocèse au 8ème siècle. L’archevêque est l’un des huit Prince Électeurs de l’Empire.
[13] La basilique Saint-Paul-hors-les-Murs est une des quatre basiliques majeures de Rome, les trois autres étant les basiliques Saint-Jean-de-Latran, Sainte-Marie-Majeure et Saint-Pierre. D’après le catalogue de Pietro Mallio, rédigé sous le pontificat d’Alexandre III, la basilique Saint-Paul-hors-les-murs était le siège du titre cardinalice Saint Sixte - titre aujourd’hui lié à la basilique San Sisto Vecchio dans le rione Celio dans le centre de Rome.
[14] La via Ostiensis est un élément important dans le réseau routier de la Rome antique et du Latium. Elle reliait sur 30 km la ville de Rome à l’important port maritime d’Ostie, d’où son nom.
[15] La catacombe de Priscille est l’une des plus anciennes et plus vastes catacombes de Rome. Elle est située sur la Via Salaria, dans le quartier de Trieste.
[16] pontife très illustre