Bienvenue sur mon site historique. Bon surf

L’histoire pour le plaisir

Accueil du site > Histoire du 11ème siècle > Théodora Porphyrogénète

Théodora Porphyrogénète

mardi 15 septembre 2026, par lucien jallamion

Théodora Porphyrogénète (vers 980-1056)

Impératrice byzantine en 1042 puis de 1055 à 1056

3ème fille de l’empereur Constantin VIII. Au début du règne de Romain III Argyre , elle est accusée de complicité dans la conjuration de Pressiyan II et Constantin Diogène .

Après avoir été reléguée dans un couvent par sa sœur Zoé, elle est portée au pouvoir par la foule le 19 avril 1042 lors d’une révolte contre Michel V. Couronnée le lendemain, elle règne conjointement avec sa sœur Zoé jusqu’à l’avènement de Constantin IX .

À la mort de celui-ci, elle réclame le trône comme dernière descendante de la dynastie macédonienne [1]. Son règne autoritaire et sa nomination de membres du clergé lui valent de nombreux ennemis tant parmi les fonctionnaires du palais que dans l’Église. Sur son lit de mort, elle se rend aux souhaits de son entourage et désigne Michel VI pour lui succéder. Après sa mort, une période de déclin commence pour l’empire, laquelle devait se prolonger jusqu’à l’accession d’Alexis 1er Comnène en 1081


Théodora est la plus jeune des 3 filles de l’empereur Constantin VIII et d’ Hélène , fille d’Alype. L’aînée, Eudoxie, qui porte les traces d’une attaque de petite vérole, prend le voile encore jeune. Si l’on en croit le chroniqueur Psellos , les deux autres sœurs, Zoé et Théodora, sont très différentes l’une de l’autre aussi bien physiquement qu’intellectuellement.

Sa qualité de porphyrogénète en fait une épouse possible pour l’empereur romain d’Occident, Otton III, qui dépêche une ambassade à Constantinople [2] en 996 afin d’obtenir la main d’une des 3 sœurs, peu importe, semble-t-il, laquelle. Probablement en raison de son apparence physique, on préfère Zoé à Théodora ; le mariage n’eut cependant pas lieu, Otton décédant au moment où Zoé arrivait en Italie.

À partir de ce moment, Théodora vit dans l’ombre du gynécée impérial [3]. Son oncle, Basile II, étant mort sans enfant et son père, Constantin VIII, n’ayant eu que des filles, elle est ramenée au centre de la politique impériale. Constantin VIII ne s’était guère préoccupé de sa succession jusqu’à ce qu’il tombe mortellement malade, le 9 novembre 1028. Ses conseillers lui suggèrent de marier l’une de ses filles à Romain Argyre , un sénateur sexagénaire issu d’une vieille famille aristocratique, afin d’assurer la succession par alliance. Déjà marié, le sénateur doit choisir entre le divorce suivi de son élévation au trône et l’aveuglement. D’après Jean Zonaras , le choix de Constantin se serait porté sur Théodora, plus intelligente que sa sœur et, dans la quarantaine, encore capable de produire un héritier. Célibataire déjà endurcie, celle-ci refuse sous prétexte que Romain et elle sont proches parents, de telle sorte que Constantin doit choisir Zoé, laquelle n’est que trop heureuse d’épouser Romain et de devenir impératrice.

Romain étant ainsi monté sur le trône, Théodora se retire de nouveau au gynécée où la jalousie de sa sœur, qui ne lui pardonne pas d’avoir été le premier choix de son père, continue à la poursuivre. Zoé convainc son époux de faire espionner Théodora grâce à un de ses agents chargé de sa maison.

C’est ainsi que Théodora est accusée de comploter avec Pressiyan II de Bulgarie pour s’emparer du trône. De nouvelles accusations sont portées contre elle en 1031, cette fois comme faisant partie d’une conspiration menée par l’archonte [4] de Sirmium [5], Constantin Diogène. Elle est envoyée de force au monastère de Petrion par sa sœur afin de mettre un terme à ses constantes intrigues et aux scandales de sa vie. Elle y reste 13 ans pendant que sa sœur dirige l’empire avec ses époux successifs, Romain III Argyre et Michel IV

Lorsque Michel IV meurt en décembre 1041, Zoé adopte un neveu de ce dernier qui est couronné sous le nom de Michel V1. Celui-ci, souhaite évincer l’impératrice, l’accuse de tenter de le tuer et l’exile dans un monastère de l’île de Prinkipo [6]. La déposition de Zoé et son exil créent un vif mécontentement dans la population ; cette dernière se révolte et exige non seulement le retour de Zoé, mais également un meilleur traitement pour Théodora, 2ème rejeton de la souche impériale. Une délégation conduite par Constantin Kabasilas est donc dépêchée au monastère de Pétrion pour convaincre Théodora de revenir à Constantinople afin d’être associée au trône avec Zoé. Réfugiée dans le sanctuaire du monastère, Théodora rejette cette proposition. Il faut qu’une armée de citoyens l’arrachent au sanctuaire, la revêtent d’une robe somptueuse et l’amènent à la basilique Sainte-Sophie [7] où elle est acclamée impératrice.

À cette nouvelle, l’empereur et son oncle se réfugient au monastère du Stoudion [8], endroit de grand prestige et asile normalement inviolable d’où la foule les fait sortir pour leur crever les yeux, les rendant ainsi impropres à régner.

Les sénateurs pour leur part hésitent entre Zoé, l’aînée des 2 sœurs, toujours dans le palais, et Théodora, réfugiée à Sainte-Sophie, bénéficiant de l’appui de la population. Zoé met fin à leur dilemme en faisant venir Théodora au palais où elle l’embrasse et promet de partager le pouvoir avec elle.

Un partage quelque peu inégal toutefois, puisque Zoé en tant qu’aînée reçoit la préséance d’honneur devant Théodora qui ne paraît pas s’en offusquer, habituée à vivre dans l’ombre. C’est cette dernière cependant qui est le véritable cerveau de cette administration conjointe dont les résultats semblent mitigés. Selon Psellos, les deux sœurs ne comprennent rien à la politique et traitent sur un même pied affaires d’État et mesquineries de gynécée. Toutefois, autant Zoé se montre prodigue, dépensant sans compter, autant Théodora comptait bien l’argent quand elle en donnait, parce qu’elle n’avait pas de ressources où puiser sans ménagement et qu’elle avait reçu de la nature une âme plus maîtresse d’elle-même sur ce point. Jean Skylitzès se montre moins catégorique, soulignant les décrets impériaux interdisant la vente et l’achat des hautes charges de l’État, les améliorations notables dans l’administration civile et militaire de l’État ainsi que des nominations fort sensées aux plus hauts grades de l’administration comme celle de Georges Maniakès en tant que catépan [9] d’Italie avec rang de magister.

En moins de 2 mois cependant, cette entente cordiale commence à se lézarder. La jalousie de Zoé contre sa sœur devenant de plus en plus évidente, le peuple et les fonctionnaires du Palais prennent parti, les uns en faveur de Zoé, les autres de Théodora. Il devient rapidement évident qu’il faut une main plus assurée pour prendre les rênes de l’État, ce qui ne peut se faire que par le mariage de l’une ou l’autre sœur. Ne s’étant jamais mariée, Théodora s’y refuse absolument, alors que Zoé qui a déjà une grande expérience en ce domaine ne demande rien de mieux, jetant son dévolu sur un homme d’une beauté incomparable, né à Dalassa, localité célèbre, et qui avait nom de Constantin dernier rejeton dans l’ordre de filiation, de la souche antique des Monomaques. Le mariage a lieu le 11 juin 1042, mettant fin après 3 mois au règne conjoint de Zoé et de Théodora.

Faible de caractère, d’une prodigalité encore plus grande que celle de son épouse, Constantin IX n’exerce le pouvoir que pour son propre plaisir, se révélant incapable de repousser les ennemis à l’intérieur et à l’extérieur de l’empire. De plus, il rend progressivement publique sa liaison de longue date avec une amante qui avait déjà été à ses côtés pendant un précédent exil, la nièce de sa femme défunte, Skleraina. Ce ménage à trois semble avoir été accepté non seulement par Zoé, mais également par Théodora que la sébaste [10] comblait de rares pièces de monnaie et de médailles anciennes dont l’impératrice faisait avidement collection.

Il n’en va pas de même toutefois pour le peuple de Constantinople peut-être moins choqué par cette relation que par le manque de respect dont elle témoignait à l’égard des 2 impératrices. Le 9 mars 1044, une procession impériale est troublée par des huées. Ce n’est qu’après une apparition des 2 impératrices que la foule accepte de se disperser. Même après la mort de l’impératrice Zoé, Constantin n’ose pas couronner son amante et lui donner le titre d’impératrice, ce qui aurait relégué Théodora au second rang.


L’impératrice Zoé meurt en 1050, à l’âge de 72 ans et l’empereur Constantin IX 5 ans plus tard en 1055. Celui-ci ne laissant pas d’héritier, la couronne revient donc à l’impératrice Théodora, entre-temps retournée au couvent. Constantin avait songé à écarter celle-ci du trône en faveur du gouverneur de Bulgarie Nicéphore Proteuon . C’était sans compter sur la force de caractère de l’impératrice qui, ayant eu vent de ses projets, quitte son couvent et fait voile vers Constantinople où elle arrive juste avant le décès de l’empereur.

Septuagénaire, l’impératrice, d’excellente santé physique et toujours alerte d’esprit, prend fermement les rênes du gouvernement, déclarant qu’elle ne succédait pas véritablement à Constantin, mais reprenait simplement le pouvoir dont l’avait investi son père et dont elle avait été écartée par des intrus. Elle va présider le Sénat, promulguer les lois, administrer la justice et échanger des ambassades avec fermeté pendant 19 mois.

Sur le plan intérieur, son administration réussit à tenir en échec les abus de la noblesse. Mais elle se fait de nombreux ennemis en choisissant comme premier ministre Léon Paraspondylos, homme compétent, mais dont le manque de charisme politique lui aliène une bonne partie des hauts fonctionnaires de l’empire qui ne voulaient l’approcher que s’il y avait absolue nécessité. Elle s’aliène également le patriarche de Constantinople [11] Michel 1er Cérulaire dont la résistance au pape et à son envoyé, le cardinal Humbert de Moyenmoutier , avait quelques années plus tôt consacré le schisme de 1054 entre les Églises d’Orient et d’Occident [12].

Non seulement le patriarche aurait voulu jouer un plus grand rôle dans les affaires de l’État comme il l’avait fait sous Constantin, mais il n’appréciait nullement qu’une femme s’ingère dans le processus de nomination des évêques, privilège réservé selon lui aux hommes. Enfin, les purges au sein du haut commandement militaire affaiblissent substantiellement l’armée. Si on peut comprendre qu’elle ait fait exiler Nicéphore Bryenne après que le tagma [13] d’Occident eut voulu le proclamer empereur à la place de Théodora, le limogeage de généraux fort compétents comme Isaac Comnène et leur remplacement par des fonctionnaires subalternes s’avèrent lourds de conséquences.

Le court règne de Théodora a des conséquences désastreuses pour la politique étrangère de l’empire en Orient, les successeurs des conseillers de Constantin IX prenant systématiquement le contre-pied des premiers. Alors que la paix avec le Califat fatimide [14] avait été au cœur de la politique des souverains précédents, Théodora cesse les envois de grain aux sujets syriens [15] du calife, ce à quoi celui-ci répond en interdisant l’entrée du Saint-Sépulcre [16] aux pèlerins allant à Jérusalem [17] et en rendant la vie difficile à ses habitants chrétiens. Par contre, en Occident, les conséquences du schisme de 1054 tendent à s’atténuer lorsque le pape cherche l’alliance de Constantinople contre les Normands. De même, un échange d’ambassades tente de mettre sur pied une alliance entre le Saint-Empire romain d’Henri III et l’Empire romain d’Orient [18].


Célibataire jusqu’à la fin de sa vie, Théodora refuse de suivre les conseils du patriarche qui aurait voulu que celle-ci se marie en dépit de son âge avancé pour assurer la succession du trône par alliance. Or, dans les derniers jours du mois d’août 1056, l’impératrice est saisie de violentes douleurs abdominales qui laissent présager une fin prochaine. Ses courtisans se réunissent alors pour s’entendre sur un héritier possible. Désireux de maintenir leur pouvoir, les courtisans suggèrent à l’impératrice agonisante un patricien déjà âgé, ancien stratioticus [19] dont Psellos dira « qu’il était capable moins de gouverner que d’être gouverné et conduit. N’étant plus capable de parler, l’impératrice ratifie semble-t-il d’un hochement de tête le choix de Michel Bringas pour lui succéder. Soupçonnant quelque manœuvre des courtisans, le patriarche tient à s’assurer lui-même que telle était bien la volonté de l’impératrice et, satisfait, procède le jour même au couronnement. Quelques heures plus tard, le 31 août 1056, Théodora meurt à l’âge de 76 ans.

Ainsi s’éteint la dernière représentante de cette dynastie macédonienne qui a présidé aux destinées de l’empire pendant 189 ans. Le court règne de Michel VI (un an et dix jours) est le prélude d’une guerre civile mettant aux prises les fonctionnaires du palais d’une part, les chefs des armées d’autre part. Celle-ci se poursuit jusqu’en 1081 et l’avènement de la dynastie des Comnène [20] dont un représentant, Isaac 1er, s’était pourtant emparé du pouvoir à la chute de Michel VI, mais n’avait pu le conserver que 2 ans et 3 mois du 1er décembre 1057 au 25 décembre 1059.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de histoire de Michel Psellos, Chronographie ou Histoire d’un siècle de Byzance (976-1077) (2 tomes), Les Belles Lettres, 1967.

Notes

[1] La dynastie macédonienne régna pendant presque deux siècles à Constantinople, soit de 867 à 1057. Elle doit son nom à son fondateur, Basile 1er qui naquit dans le thème byzantin de Macédoine (district administratif correspondant à la région d’Andrinople en Thrace). Elle a compté plus de 20 souverains, certains accédant au trône soit par usurpation, soit par mariage.

[2] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[3] Le gynécée est l’appartement des femmes dans les maisons grecques et romaines. C’est le pendant féminin de l’andrôn, réservé aux hommes.

[4] L’archonte est, dans l’Athènes antique, le magistrat suprême, et le magistrat principal dans de nombreuses cités de la Grèce antique. Athènes comportait toutefois un conseil d’archontes formant une sorte de gouvernement exécutif. L’archonte éponyme, ou tout simplement l’archonte sans autre précision, préside les réunions de la Boulè, de l’ecclésia, anciennes assemblées athéniennes ; l’instruction des procès de droit privé incombe également à l’archonte. Il reste le chef de l’État nominal même sous la démocratie, qui réduit cependant son importance politique.

[5] Sirmium, aujourd’hui Sremska Mitrovica, dans la province de Voïvodine, en Serbie était une cité romaine située dans la province de Pannonie. Originellement fondée par les Celtes au 3ème siècle av. jc et conquise par les Romains au 1er siècle av. jc, elle fut la capitale économique de la province de Pannonie et l’une des quatre capitales de l’Empire romain au temps de la Tétrarchie.

[6] Büyükada est la plus grande (5,4 km2) des neuf îles des Princes

[7] Ancienne église chrétienne de Constantinople du vie siècle, devenue une mosquée au 15ème siècle sous l’impulsion du sultan Mehmet II. Elle est édifiée sur la péninsule historique d’Istanbul. Depuis 1934, elle n’est plus un lieu de culte mais un musée. Depuis 2020 de nouveau une mosquée

[8] Le monastère du Stoudion ou monastère de Stoudios était un établissement religieux de Constantinople fondé vers 460 par un bienfaiteur privé du nom de Studius ou Stoudios, un aristocrate qui fut consul pour l’année 454. Il était placé sous le vocable de saint Jean Baptiste. Il était situé à l’extrême sud-ouest de la ville byzantine, dans le quartier de Psamathia, non loin du Mur de Théodose et de la mer de Marmara. Ses moines étaient appelés « studites » ou « stoudites ». Il reste aujourd’hui les ruines de l’église du monastère, le plus ancien édifice chrétien subsistant partiellement à Istanbul.

[9] Le katepánō ou catépan est une fonction et un rang militaire important dans la hiérarchie byzantine. Le terme a été latinisé pour donner le mot de capetanus/catepan et sa signification pourrait avoir été associée à celle du mot italien capitaneus (qui vient du mot latin caput ou tête dirigeante). Ce terme hybride a donné naissance au mot français « capitaine » et à son équivalent dans les autres langues.

[10] Le sébaste ou sebastos est une dignité honorifique utilisée en Grèce pour traduire le titre impérial romain d’Auguste. À partir de la fin du 9ème siècle, sous les Comnènes, le titre de sébaste et ses formes dérivées (protosébaste, panhypersébaste) forment la base d’un nouveau système de titres de cour au sein de l’Empire byzantin. Le mot est aussi à l’origine de la création du titre de sebastokratōr. Après l’adoption du terme basileus comme principal titre impérial au 7ème siècle, l’adjectif « sébaste » tombe en désuétude. Toutefois, il est de nouveau utilisé à partir du milieu du 11ème siècle par l’empereur Constantin IX Monomaque pour sa maîtresse Marie Skléraina. De fait, le titre commence bientôt à être conféré à des membres de la noblesse soutiens de l’empereur byzantin, comme le futur empereur Alexis 1er Comnène, ou à des princes étrangers. Quand Alexis arrive sur le trône en 1081, il réorganise le vieux système des dignités de cour en faisant du sébaste la base pour de nouveaux titres qui indiquent originellement la proximité familiale de leurs détenteurs avec l’empereur.

[11] Le patriarcat œcuménique de Constantinople est, par le rang sinon par l’ancienneté, la première juridiction autocéphale de l’Église orthodoxe. Cette situation est liée au statut de capitale de l’Empire romain d’Orient dont jouissait autrefois Constantinople, l’actuelle Istanbul. Le patriarcat est un titre et une fonction de présidence attachée à un siège épiscopal, l’archevêché orthodoxe de Constantinople. Les orthodoxes considèrent que le patriarche de Constantinople n’a qu’une prééminence honorifique sur les autres Églises autocéphales orthodoxes, comme les papes d’avant le schisme de 1054.

[12] La séparation des Églises d’Orient et d’Occident, également appelée grand schisme d’Orient par les catholiques, schisme de Rome par les orthodoxes, et schisme de 1054 par les historiens, est l’éloignement progressif puis la rupture entre les quatre Églises d’Orient et celle d’Occident qui s’étaient, sous l’impulsion de l’empereur Justinien, constituées en « Pentarchie » dans l’Empire romain d’Orient et ses États successeurs. Les grandes querelles christologiques avaient déjà commencé à éloigner l’Église de Rome et les Églises d’Orient bien avant la rupture. Des facteurs politiques, comme l’invasion normande des possessions byzantines d’Italie, ou socioculturels, comme l’aspiration de la Papauté à dominer la scène politique, jouèrent au cours des siècles suivants un rôle au moins aussi important que les querelles théologiques, comme celle du Filioque. Une première rupture survient le 16 juillet 1054 entre le patriarcat d’Occident (Papauté) et le patriarcat de Constantinople, lorsque le cardinal Humbert de Moyenmoutier déposa sur le maître-autel de Sainte-Sophie une bulle excommuniant le patriarche Michel 1er Cérulaire et ses proches collaborateurs, excommunication qui fut suivie de celle du cardinal et de ses assistants par le patriarche. L’incident de juillet 1054 tombe presque aussitôt dans l’oubli. C’est essentiellement le détournement en 1204 de la quatrième croisade, le sac de Constantinople par les croisés et la constitution de patriarcats latins sur le territoire des patriarcats grecs qui consomment la rupture, forçant bon nombre d’évêques orthodoxes à l’exil et soumettant durablement des populations orthodoxes au pouvoir des seigneurs francs et de l’Église catholique romaine, dite latine. Ces événements déconsidérèrent l’Église catholique romaine aux yeux des populations orthodoxes, mais aussi les Églises orthodoxes aux yeux des populations catholiques, dont les lettrés écrivirent par la suite l’histoire de manière à rejeter sur l’Orient seul la responsabilité du schisme

[13] Le tagma était l’unité tactique de l’armée byzantine ayant la taille d’un bataillon ou d’un régiment. Du 8 au 10ème siècle, les tagmata constituèrent l’armée permanente de l’Empire byzantin par opposition aux thèmes, unités populaires et territoriales, mobilisables pour la défense des provinces. Quoique le terme « tagma » ait été utilisé depuis le 4ème siècle, c’est vraisemblablement Constantin V qui lui a donné son sens technique au milieu du 8ème siècle. Cette réforme qui mettait les tagmata directement sous l’autorité de l’empereur visait à créer une armée qui soit à la fois mobile et loyale à l’empereur, car non seulement les unités thématiques ne pouvaient être utilisées dans les guerres d’annexion au-delà des frontières, mais encore les commandants des unités thématiques cantonnées près de Constantinople avaient tenté à maintes reprises de renverser le pouvoir établi.

[14] Les Fatimides (également appelés Obeydides ou Banu Ubayd depuis le manifeste de Bagdad ont formé une dynastie califale arabe chiite ismaélienne d’ascendance alide qui régna, depuis l’Ifriqiya (entre 909 et 969) puis depuis l’Égypte (entre 969 et 1171), sur un empire qui englobait une grande partie de l’Afrique du Nord, la Sicile et une partie du Moyen-Orient. Issus de la branche religieuse chiite des ismaéliens pour laquelle le calife doit être choisi parmi les descendants d’Ali, cousin et gendre du prophète de l’islam Mahomet, les Fatimides considèrent les Abbassides sunnites comme des usurpateurs de ce titre. L’établissement de leur califat débute au Maghreb, grâce à l’appui des Berbères Kutama, grande tribu qui était établie à l’est de l’actuelle Algérie qui vont renverser le pouvoir local aghlabide. Après un intermède en Ifriqiya, ils finiront par s’établir dans la ville du Caire qui pendant leur règne prendra un essor considérable.

[15] La Syrie fut occupée successivement par les Cananéens, les Phéniciens, les Hébreux, les Araméens, les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Grecs, les Arméniens, les Romains, les Nabatéens, les Byzantins, les Arabes, et partiellement par les Croisés, par les Turcs Ottomans et enfin par les Français à qui la SDN confia un protectorat provisoire pour mettre en place, ainsi qu’au Liban, les conditions d’une future indépendance politique.

[16] L’église du Saint-Sépulcre ou basilique du Saint-Sépulcre, également appelée basilique de la Résurrection est une église chrétienne située dans le quartier chrétien de la Vieille ville de Jérusalem. Cette basilique est vénérée par les Catholiques romains et les orthodoxes qui y vont en pèlerinage depuis le 4ème siècle. Il s’agit d’un sanctuaire englobant selon la tradition le lieu de la crucifixion (le Golgotha), ainsi que la grotte où le corps du Christ fut déposé après sa mort (le Saint-Sépulcre ou tombeau de Jésus). Par inférence, c’est là qu’aurait eu lieu la résurrection. Enjeu symbolique fort, l’église accueille les cultes de plusieurs confessions chrétiennes différentes. Toutes ces communautés y sont protégées par le statu quo sur les lieux saints. Elle est également un des sièges du patriarcat arménien et orthodoxe de Jérusalem.

[17] Ville du Proche-Orient que les Israéliens ont érigée en capitale, que les Palestiniens souhaiteraient comme capitale et qui tient une place centrale dans les religions juive, chrétienne et musulmane. La ville s’étend sur 125,1 km². En 130, l’empereur romain Hadrien change le nom de Jérusalem en « AElia Capitolina », (Aelius, nom de famille d’Hadrien ; Capitolina, en hommage au dieu de Rome, Jupiter capitolin) et il refonde la ville. Devenue païenne, elle est la seule agglomération de la Palestine à être interdite aux Juifs jusqu’en 638. Durant plusieurs siècles, elle est simplement appelée Aelia, jusqu’en 325 où Constantin lui redonne son nom. Après la conquête musulmane du calife Omar en 638, elle devient Iliya en arabe, ou Bayt al-Maqdis (« Maison du Sanctuaire »), équivalent du terme hébreu Beit ha-Mikdash (« Maison sainte »), tous deux désignant le Temple de Jérusalem, ou le lieu du voyage et d’ascension de Mahomet, al-Aqsa, où se situait auparavant le temple juif

[18] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[19] directeur civil de l’administration militaire

[20] Après un net recul de ses frontières en Asie Mineure et la perte de ses possessions en Italie dans la deuxième moitié du 11ème siècle, l’Empire byzantin entreprit sous les Comnènes une période de redressement continu bien qu’incomplet. Cinq empereurs (Alexis 1er, Jean II, Manuel 1er, Alexis II et Andronic 1er) tentèrent pendant 104 ans et par divers moyens de tenir tête aux noblesses terrienne et militaire, soit en favorisant des membres de leur propre famille (Alexis Ier), soit en faisant appel à des conseillers de l’extérieur (Jean II), soit en privilégiant l’une d’elles (Manuel 1er), soit en persécutant l’une et l’autre (Andronic 1er). La réforme du système monétaire conduite par Alexis 1er permit de relancer la vie économique et commerciale, mais cette dernière fut contrariée par l’ascendant de plus en plus considérable que prirent les marchands vénitiens d’abord, génois et pisans ensuite, établis à Constantinople. Sur le plan extérieur, les Comnènes cherchèrent à freiner l’avancée des Turcs en Anatolie tout en maintenant de bonnes relations avec eux pour avoir les mains libres dans la délicate conduite des relations avec les royaumes francs de Palestine et de Syrie et, à travers eux, avec les puissances européennes qui leur étaient apparentées. Mais ce furent les Normands qui, après s’être attaqués aux possessions byzantines du sud de l’Italie et s’être dirigés vers Constantinople, portèrent le coup de grâce à cette dynastie.