Abu Bishr Matta ibn Yunus (mort en 940)
Philosophe aristotélicien-Traducteur assyrien chrétien
Fidèle de l’Église nestorienne [1], qui a joué un rôle important dans la transmission des œuvres d’Aristote aux Arabes.
Il reçut sa formation intellectuelle dans le monastère de Qunni [2], un établissement religieux nestorien situé non loin de Bagdad [3] et qui fournissait beaucoup de hauts fonctionnaires au gouvernement des califes abbassides [4]. Il enseigna ensuite à Bagdad, où il eut parmi ses élèves le philosophe musulman Al-Fârâbî et le chrétien jacobite [5] Yahya ibn Adi .
Il est surtout connu pour ses traductions en arabe d’Aristote et de ses commentateurs antiques. Ces traductions furent faites depuis le syriaque ; cependant le Kitab al-Fihrist [6] mentionne une traduction des “Réfutations sophistiques” qu’il fit du grec en syriaque. Il traduisit “les Seconds Analytiques” sur la version syriaque de Hunayn ibn Ishaq, le livre lambda de la Métaphysique avec le commentaire d’Alexandre d’Aphrodise et la paraphrase de Thémistios, le “De generatione et corruptione” et ses commentaires par Alexandre et Olympiodore d’Alexandrie, le “De sensu et sensato” et une partie du “De cælo” avec le commentaire d’Alexandre.
Ces traductions en arabe du corpus aristotélicien furent poursuivies par ses disciples notamment Yahya ibn Adi et furent utilisées par les philosophes arabes postérieurs comme Avicenne.
Abu Bishr Matta traduisit aussi du syriaque d’autres textes comme le “Petit Compendium” du médecin Yuhanna ibn Sarabiyun .
Notes
[1] L’Église apostolique assyrienne de l’Orient ou Sainte Église apostolique assyrienne de l’Orient est une Église autocéphale de tradition syriaque orientale. Elle fait partie de l’ensemble des Églises des deux conciles, héritière directe de l’Église de l’Orient. Le chef de l’Église porte le titre de Catholicos-Patriarche de la Sainte Église Apostolique Assyrienne de l’Orient (ou celui, plus traditionnel, de Métropolite de Séleucie-Ctésiphon, Catholicos et Patriarche de l’Orient), avec résidence à Erbil au Kurdistan (Irak). L’Église apostolique assyrienne de l’Orient est l’héritière directe de l’antique Église de l’Orient qui fut une des premières Églises chrétiennes. Selon la tradition, elle aurait été fondée par l’apôtre Thomas.
[2] Dayr Qunni, dit aussi monastère de Mar Mari
[3] Bagdad ou Baghdad est la capitale de l’Irak et de la province de Bagdad. Elle est située au centre-Est du pays et est traversée par le Tigre. Madīnat as-Salām fut fondée ex nihilo au 8ème siècle, en 762, par le calife abbasside Abou-Djaafar Al-Mansur et construite en quatre ans par 100 000 ouvriers. Selon les historiens arabes, il existait à son emplacement plusieurs villages pré-islamiques, dont l’un s’appelait Bagdad.
[4] Les Abbassides sont une dynastie arabe musulmane qui règne sur le califat abbasside de 750 à 1258. Le fondateur de la dynastie, Abû al-Abbâs As-Saffah, est un descendant d’un oncle de Mahomet, Al-Abbas ibn Abd al-Muttalib. Proclamé calife en 749, il met un terme au règne des Omeyyades en remportant une victoire décisive sur Marwan II à la bataille du Grand Zab, le 25 janvier 750. Après avoir atteint son apogée sous Hâroun ar-Rachîd, la puissance politique des Abbassides diminue, et ils finissent par n’exercer qu’un rôle purement religieux sous la tutelle des Bouyides au 10ème siècle, puis des Seldjoukides au 11ème siècle. Après la prise de Bagdad par les Mongols en 1258, une branche de la famille s’installe au Caire, où elle conserve le titre de calife sous la tutelle des sultans mamelouks jusqu’à la conquête de l’Égypte par l’Empire ottoman, en 1517.
[5] L’Église syriaque orthodoxe est une Église orientale autocéphale. Elle fait partie de l’ensemble des Églises des trois conciles dites aussi « Églises antéchalcédoniennes ». Le chef de l’Église, porte le titre de Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, avec résidence à Damas. Du fait des querelles « christologiques » et des schismes qui s’ensuivirent, le titre de Patriarche d’Antioche se trouve porté également par quatre autres chefs d’Église.
[6] Le Kitab-al-Fihrist est l’ouvrage principal de Ibn al-Nadim. On distingue deux éditions dont la plus complète contient dix discours (maqalat). Ce livre est un index des livres existant et connus à cette époque. Il n’inclura que les livres dont il eut physiquement confirmation, soit directement, soit par l’intermédiaire d’une personne jugée digne de foi. Les 6 premiers discours s’articulent autour du thème islamique tandis que les 4 dernier abordent des thèmes non directement reliés à l’islam