Guerre entre la dynastie Han et les Xiongnu
Intro :
La guerre entre la dynastie Han et les Xiongnu, ou guerre sino-xiongnue, est une série de batailles qui opposent la dynastie chinoise des Han et la confédération des peuples nomades Xiongnu, entre 133 av. jc et 89. C’est sous le règne de l’empereur Han Wudi, que l’empire Han passe d’une politique étrangère relativement passive à une stratégie offensive, à la fois pour faire face aux incursions de plus en plus nombreuses des Xiongnu à la frontière Nord et également pour étendre le territoire de l’empire.
En 133 av. jc, le conflit dégénère en une véritable guerre, lorsque le Chanyu [1] des Xiongnu se rend compte que les Han s’apprêtaient à lui tendre une embuscade à Mayi [2]. La Cour des Han décide alors d’envoyer plusieurs expéditions militaires vers les régions situées dans l’Ordos [3], le Corridor du Hexi [4] et le désert de Gobi [5], afin de les conquérir et d’en expulser les Xiongnu. Après bien des combats, les Han atteignent tous leurs objectifs.
En 108 av. jc, le général Zhao Ponu prend la tête d’une armée et est envoyé envahir Jushi [6], un bastion militaire et économique des régions de l’Ouest très important pour les Xiongnu Après la conquête de la région, les troupes des Han repoussent toutes les attaques des Xiongnu qui cherchent à reprendre le contrôle de Jushi. Quand le roi Angui accède au trône de Loulan [7], qui est l’État situé le plus à l’est dans les Régions Ouest, il met en place une politique visant à s’éloigner de plus en plus des Han. Assez vite, Angui devient ouvertement anti-Han et pro-Xiongnu, allant jusqu’à tuer des envoyés des Han transitant par Loulan et révéler au Chanyu les détails de la logistique militaire chinoise. En 77 av. jc., le roi Angui reçoit un émissaire des Han nommé Fu Jiezi et offre un banquet en son honneur. Officiellement, Jiezi est là pour offrir un grand nombre de cadeaux de grande valeur au roi.
Lors du banquet, Fu Jiezi demande à pouvoir discuter en privé avec le Roi Angui. Cette discussion est en réalité un prétexte pour permettre à 2 officiers de Fu Jiezi d’assassiner le dirigeant de Loulan. Au milieu des cris d’horreur des convives, Fu Jiezi lit une exhortation destinée à l’aristocratie de Loulan et décapite le cadavre du roi. La Cour des Han informe alors Weituqi, qui est à la fois leur allié et le frère du mort, de la situation, lui fournit une escorte pour se rendre de Chang’an [8] à Loulan et l’installe comme nouveau monarque du Royaume, qui est renommé Shanshan [9]. Par la suite, la capitale du royaume est déplacée dans les régions méridionales de Shanshan, qui correspondent actuellement à Kargilik [10] ou à Ruoqiang [11], en dehors de la sphère d’influence des Xiongnu.
Durant tout le conflit, les Xiongnu pratiquent une politique d’alliance avec les officiers Han qui font défection à leur profit et scellent ces alliances avec des mariages. Ainsi, la sœur aînée du Chanyu épouse le général d’origine Xiongnu Zhao Xin, qui est au service de la dynastie Han et a le titre de Marquis de Xi. La fille du Chanyu se marie au général chinois Li Ling, après que ce dernier se soit rendu et ait fait défection. Les Khagans [12] du peuple Ienisseï kirghize [13] prétendaient être les descendants de ce général.Li Guangli, un autre général chinois à avoir fait défection pour les Xiongnu, a également épousé une fille du Chanyu.
Après les nombreuses pertes humaines et les revers militaires qu’ils ont subis, les Xiongnu doivent faire face à la rébellion des différents peuples soumis à leur autorité qui, les uns après les autres, prennent les armes. Vers 80 av. jc, les Xiongnu lancent une campagne punitive contre les Wusun [14], qui sollicitent rapidement les Han pour obtenir leur appui militaire. En 72 av. jc, les forces conjointes des Wusun et des Han envahissent le territoire du Roi Luli de Droite. Lors de la chute de la capitale du Roi, environ 40 000 Xiongnu sont capturés, ainsi que toutes les provisions de la cité, qui est mise à sac après la bataille. L’année suivante, de nombreuses tribus attaquent et envahissent le territoire Xiongnu de toute part : les Wusun à l’Ouest, les Dingling au Nord et les Wuhuan [15] à l’est. Dans le même temps, les Han envoient une armée divisée en 5 colonnes qui attaque les Xiongnu par le sud. D’après le Hanshu [16], cet événement marque le début du déclin des Xiongnu et le premier pas vers le démantèlement de leur Confédération.
La situation économique et militaire des Xiongnu s’étant détériorée, ces derniers tentent de faire la paix avec la Chine pendant les règnes des Chanyu Huyandi et Xulüquanqu, mais la Cour des Han ne leur offre à chaque fois qu’une seule optionː faire leur soumission et verser un tribut au "Fils du Ciel".
Après la mort du Chanyu Xulüquanqu en 60 av. jc, les Xiongnu sombrent dans la guerre civile en 57 av. jc, car de nombreux prétendants se déchirent pour prendre sa succession. La Confédération Xiongnu explose et se divise en autant de clans qu’il y a de prétendants.
Finalement, seuls 2 prétendants au trône surviventː le Chanyu Zhizhi et le Chanyu Hu hanye . Après que Zhizhi leur ait infligé des pertes sérieuses, Hu hanye et ses partisans débattent pour savoir si oui ou non ils vont demander une protection militaire aux Han et ainsi devenir leur vassal. En 53 av. jc, Huhanye prend sa décision et se rend à la capitale de l’empire Han pour faire sa soumission.
En 36 av jc, le Général Chen Tang et le Général Protecteur des Régions Ouest Gan Yanshou tuent le Chanyu Zhizhi dans sa capitale, ce qui correspond actuellement à la ville de Taraz [17], Kazakhstan [18], sans avoir l’autorisation expresse de la Cour des Han de procéder à cet assassinat. C’est Chen Tang qui prend l’initiative de cette opération, en fabricant un faux décret impérial, qui lui permet de mobiliser 40 000 soldats, répartis en 2 colonnes. Cette armée assiège et défait les troupes du Chanyu Zhizhi, qui finit décapité. Sa tête est envoyée à Chang’an [19], la capitale des Han. Lors de leur retour à la capitale, Tang et Yanshou sont inculpés pour avoir fabriqué et utilisé un faux décret, mais ils sont finalement graciés. Ils finissent par recevoir des récompenses assez modestes ; bien que la Cour de Han ne voulait pas les récompenser du tout au début, à cause du précédent qu’ils ont créé avec ce faux décret.
Notes
[1] Chanyu était le titre donné aux chefs des Xiongnu durant les ères de la dynastie Qin et de la dynastie Han. Il fut remplacé par le titre de Khagan chez les turco-mongol. La traduction littérale est probablement quelque chose comme « le plus grand », grossièrement équivalent au chinois « fils du ciel » car ce qui reste du langage xiongnu n’est connu que très partiellement par les écrits des historiens chinois de ces époques. Comme dans la plupart des peuples nomades, le titre était héréditaire.
[2] La bataille de Mayi est un embuscade avortée organisée par la dynastie Han contre le Chanyu des Xiongnu, qui finit par avorter. Elle marque la fin de la paix de jure entre les Han et les Xiongnu et pousse la Cour des Han à mettre l’accent sur l’usage de la cavalerie et à débuter une politique agressive basée sur la multiplication des offensives militaires.
[3] Le plateau d’Ordos est un plateau situé en Mongolie-Intérieure, en république populaire de Chine, dont la limite Nord, d’Ouest en Est est délimitée par la boucle du fleuve Jaune située dans une partie de la région de Hetao et la frontière Sud par l’intersection de la Grande Muraille et du plateau de Lœss. Son nom provient du terme mongol ordo.
[4] Le corridor du Hexi aussi appelé corridor du Gansu, est une route historique appartenant à la route de la soie et située essentiellement dans la province de Gansu en Chine. Le terme Hexi, désigne la position de cette route à l’ouest du fleuve Jaune. Le corridor du Gansu est la plus importante voie d’accès à la Chine depuis l’Asie centrale et le bassin du Tarim. Le corridor se situe entre le plateau tibétain et le désert de Gobi. Il passe par plusieurs oasis. Le corridor du Hexi est un passage très étroit et étiré d’environ 1 000 kilomètres depuis la ville moderne de Lanzhou jusqu’à Yumenguan à la frontière du Gansu et du Xinjiang. Une partie de la Grande Muraille y fut construite à l’époque des Han, avec de la terre crue et des roseaux.
[5] Le désert de Gobi est une vaste région désertique comprise entre le nord de la Chine et le sud de la Mongolie. Il englobe environ un tiers de la surface de la Mongolie. Le bassin désertique est délimité par les montagnes de l’Altaï, la steppe de Mongolie, le plateau tibétain et la plaine du Nord de la Chine
[6] Tourfan
[7] Loulan est une ancienne cité fondée au 2ème siècle av. jc sur la bordure nord-est du désert du Taklamakan. Loulan, connu également sous les noms de Krorän ou Krorayina, était un royaume sur la route de la soie, dans l’actuelle région autonome des Ouïgour du Xinjiang en Chine. Les ruines de la ville de Loulan sont situées sur la rive occidentale du Lop Nor, à l’époque un lac, aujourd’hui entièrement submergé par le désert, dans le district de Ruoqiang de l’actuelle préfecture autonome mongole de Bayin’gholin
[8] Autrefois nommé Hao ou Zongzhou, pendant la dynastie Zhou, elle fut la capitale de la Chine pour la période des Zhou occidentaux. Suite à la folie du roi Zhou Youwang, la ville fut incendiée et pillée par les barbares Rong. Xi’an est l’extrémité est de la route de la soie considérée comme ayant été « ouverte » par le général chinois Zhang Qian au 2ème siècle av. jc. C’était l’une des Quatre Grandes Capitales Anciennes car ce fut la capitale de la Dynastie Qin, des Han, alors connue sous le nom de Chang’an
[9] Le xian de Piqan est un district administratif de la région autonome du Xinjiang en Chine. Il est placé sous la juridiction de la préfecture de Tourfan.
[10] Le xian de Kargilik est un district administratif de la région autonome du Xinjiang en Chine. Il est placé sous la juridiction de la préfecture de Kachgar.
[11] Le xian de Ruoqiang est un district administratif de la région autonome du Xinjiang en Chine. Elle est placée sous la juridiction de la préfecture autonome mongole de Bayin’gholin. Son chef-lieu est la ville de Ruoqiang. L’ancienne cité de Loulan, dont les ruines ont été découvertes en 1899 par l’explorateur suédois Sven Hedin, se situe à l’angle nord-ouest du Lop Nor, sur le territoire de ce xian
[12] Khagan est un titre signifiant « Khan des khans », c’est-à-dire empereur, dans les langues mongoles, toungouse et turques, on retrouve déjà ce terme dans les langues proto-turques et proto-mongoles. Le titre est porté par celui qui dirige un khaganat (empire, plus grand qu’un khanat dirigé par un khan, lui-même comparable à un royaume). Le khagan, comme tous les khans, se fait élire par le Qurultay, en général parmi les descendants des précédents khans.
[13] Les Ienisseï kirghizes, également connus sous le nom de Khyagas ou Khakas, étaient un peuple antique parlant une langue turque et qui vivaient le long du fleuve Ienisseï dans la partie sud du Minoussinsk, du 3ème siècle av. jc au 13ème siècle de notre ère.
[14] Les Wūsūn était un peuple nomade ou semi-nomade qui aurait habité à l’ouest de Gansu, au nord de la Chine. Voisins du peuple Yuezhi, ils étaient d’origine turque ou indo-européenne
[15] Les Wuhuan étaient un peuple nomade proto-mongolique qui habitait le nord de la Chine , dans ce qui est aujourd’hui les provinces du Hebei , du Liaoning , du Shanxi , la municipalité de Pékin et la région autonome de Mongolie intérieure.
[16] Le Han shu ou Livre des Han est un livre classique d’histoire chinoise qui couvre l’histoire des Han occidentaux de 206 av. jc à 25 ap . jc. On l’appelle aussi parfois Livre des Han antérieurs pour le distinguer du Livre des Han postérieurs qui couvre l’histoire des Han orientaux (25-220). Cette histoire fut commencée par Ban Biao. À sa mort, Ban Gu le fils aîné de Ban Biao, a continué à travailler à l’ouvrage qui finit par atteindre cent volumes, incluant des sections sur le droit, les sciences, la géographie et la littérature. Sa soeur Ban Zhao termina le Livre en 111, 19 ans après l’emprisonnement de son frère. Elle rédigea aussi les volumes mineurs de chronologie (vol. 13-20) et d’astronomie (vol. 26).
[17] Taraz est une ville du Kazakhstan et le centre administratif de l’oblys de Djamboul.
[18] Le Kazakhstan est un pays d’Asie centrale dont l’extrémité occidentale se situe en Europe. Il est bordé par la Russie au nord et à l’ouest, la Chine à l’est, le Kirghizistan au sud-est, l’Ouzbékistan au sud et le Turkménistan au sud-ouest, avec un littoral le long de la mer Caspienne. Sa capitale est Astana, tandis que sa plus grande ville et son principal pôle culturel et commercial est Almaty.
[19] Autrefois nommé Hao ou Zongzhou, pendant la dynastie Zhou, elle fut la capitale de la Chine pour la période des Zhou occidentaux. Suite à la folie du roi Zhou Youwang, la ville fut incendiée et pillée par les barbares Rong. Xi’an est l’extrémité est de la route de la soie considérée comme ayant été « ouverte » par le général chinois Zhang Qian au 2ème siècle av. jc. C’était l’une des Quatre Grandes Capitales Anciennes car ce fut la capitale de la Dynastie Qin, des Han, alors connue sous le nom de Chang’an