Démarate de Sparte
Roi de Sparte de 515 à 491 av. jc
Membre de la maison des Eurypontides [1]. Fils d’ Ariston de Sparte à qui il succède, il part en campagne en 506 av. jc avec l’autre roi, Cléomène 1er, son rival, avant de s’apercevoir que l’expédition a pour but de rétablir une tyrannie [2] à Athènes [3]. Il fait alors demi-tour, avec les Corinthiens [4] furieux, laissant Cléomène continuer seul.
En 491 av. jc, Cléomène se venge en intentant contre lui un procès, l’accusant de bâtardise. Les éphores [5] sont consultés au sujet de sa filiation. La gérousie [6] étant divisée, l’oracle de Delphes [7] est consulté, et Démarate est destitué la même année. Il reste un temps à Sparte, mais devant les railleries de Léotychidas II , son successeur, il décide de s’exiler auprès de l’ennemi, en Perse [8].
Il se rend auprès de Darius 1er, où il est bien reçu. Il influence Darius en faveur de Xerxès, qui est alors choisi comme successeur, au détriment de son frère Artobarzanès . Avant la bataille des Thermopyles [9], il lui explique quelles sont les particularités de Sparte [10].
Cet épisode, relaté par Hérodote, est une source de renseignement précieuse sur la population de Sparte et son système politique. Selon Hérodote, Démarate avertit les Spartiates des préparatifs de l’entreprise du grand Roi.
Il semble qu’il soit par la suite resté au côté de Xerxès, et soit tombé en disgrâce pour avoir réclamé au roi le droit d’entrer dans Sardes [11] comme un membre de la famille royale.
Il est probable qu’il soit mort en Troade [12], où le grand roi lui avait donné des domaines. D’après Xénophon, ses descendants y perdurèrent.
Notes
[1] À partir de la réforme de Lycurgue au 7ème siècle av. jc, Sparte possède deux rois représentant l’un la famille des Agiades, l’autre celle des Eurypontides. Ils exercent conjointement des pouvoirs essentiellement militaires et religieux. Ce sont deux familles issues, selon la légende, de jumeaux descendants d’Héraclès, Eurysthénès, père d’Agis 1er et Proclès, père d’Eurypon. C’est d’après eux que les Spartiates se nomment, dans leur ensemble, Héraclides. Les familles doivent rester distinctes, ce qui implique qu’elles ne puissent porter les mêmes noms Agis, fondateur des Agiades, est l’exception, puisque le nom ne se retrouve ensuite que chez les Eurypontides ; Agésilas est porté d’abord par les Agiades, puis par les Eurypontides. Les intermariages sont interdits. Leurs tombeaux se trouvent en des endroits différents : Pitana, l’un des quatre villages qui forment la ville, est le berceau des Agiades, alors que les Eurypontides sont basés à Limnai. Les deux rois sont supposés égaux, même si Eurysthénès est supposé l’aîné des jumeaux, et donc donner une préséance théorique aux Agiades
[2] Dans la Grèce antique, un tyran était un homme qui disposait d’un pouvoir assuré par la force ; ce pouvait être un ancien magistrat, parfois même un esclave, arrivé au pouvoir après un coup d’État, par ruse plus que par violence. Les tyrans ne prirent jamais officiellement le titre de tyran, et il n’y eut pas de titre général et officiel pour les désigner, c’est pourquoi on leur donne le nom dont leurs ennemis les stigmatisaient.
[3] Athènes est l’une des plus anciennes villes au monde, avec une présence humaine attestée dès le Néolithique. Fondée vers 800 av. jc autour de la colline de l’Acropole par le héros Thésée, selon la légende, la cité domine la Grèce au cours du 1er millénaire av. jc. Elle connaît son âge d’or au 5ème siècle av. jc, sous la domination du stratège Périclès
[4] Corinthe était l’une des plus importantes cités de la Grèce antique, située dans les terres au pied de son acropole, l’Acrocorinthe. Elle abritait autrefois un célèbre temple d’Aphrodite.
[5] Les éphores sont un directoire de cinq magistrats annuels à Sparte, dont ils forment le véritable gouvernement. Créé selon Plutarque environ 130 ans après Lycurgue, l’éphorat est supprimé en 227 av. jc par Cléomène III, puis rétabli par Antigone III Doson, roi de Macédoine, avant d’être définitivement aboli par l’empereur Hadrien au 2ème siècle.
[6] La gérousie est l’équivalent spartiate du Sénat : c’est un élément aristocratique et oligarchique, par opposition à l’assemblée du peuple. C’est une assemblée de 28 hommes âgés de plus de 60 ans, les gérontes, élus à vie, sans reddition de comptes. Cette limite d’âge correspond à la fin de l’astreinte du service militaire. Elle est présidée par les deux rois.
[7] L’oracle de Delphes est resté très vivant et consulté jusqu’au 2ème siècle av. jc. Les empereurs de Rome sont peu à peu venus non pour demander des oracles, mais pour piller le sanctuaire. La Grèce se dépeuple et le sanctuaire a de moins en moins de clients, on ne construit plus de nouveaux monuments pendant cette période, Plutarque est désolé de ne voir la Pythie au travail qu’une fois par mois. Pausanias constate la dégradation terrible du sanctuaire d’Athéna Pronoia. Le monde grec s’effondre et Delphes en subit la marée. Les débuts de l’ère chrétienne vont lui porter le coup de grâce.
[8] La formule Empire perse désigne une série d’États qui se sont développés à partir du territoire de l’actuel Iran, dont le centre politique et culturel se trouve dans ce qu’il est convenu d’appeler la Perse, exonyme tiré du mot iranien Pārs ou Fārs désignant la région du centre-sud de l’Iran. Le plus vaste de ces États est entre 520 et 333 avant notre ère l’Empire achéménide, qui s’étend de la Thrace au nord-ouest à l’Inde au sud-est et de l’Égypte au sud-ouest à l’Asie centrale au nord-est, dont les souverains Cyrus le Grand, Darius 1er et Xerxès 1er sont les plus connus. Au 3ème siècle, sous la dynastie sassanide, apparaît le mot Ērān ou Ērānšahr, qui signifie « pays des Aryens », traduit aussi par pays des Iraniens.
[9] Les Thermopyles sont un ancien passage de Grèce délimité par le golfe Maliaque au nord et le Kallidromo, un massif montagneux du Pinde, au sud. Dans l’Antiquité, le rivage se trouvait contre la falaise mais il a reculé, laissant la place à une plaine côtière étroite mais suffisamment large pour permettre le passage d’une route, d’une autoroute et d’un chemin de fer. Ce passage constituait un point stratégique dans la Grèce antique et de nombreuses batailles y ont été livrées dont la première en 480 av. jc qui a opposé les Grecs aux Perses, et la dernière en 1941
[10] Sparte était une ville-état de premier plan dans la Grèce antique . Dans l’Antiquité, la ville-état était connue sous le nom de Lacedaemon, tandis que le nom de Sparte désignait son établissement principal sur les rives de la rivière Eurotas en Laconie, dans le sud-est du Péloponnèse. Vers 650 av. jc, elle est devenu la puissance terrestre militaire dominante dans la Grèce antique. Compte tenu de sa prééminence militaire, Sparte fut reconnu comme le chef de file des forces grecques combinées pendant les guerres gréco-perses. Entre 431 et 404 av. jc, Sparte fut le principal ennemi d’ Athènes pendant la guerre du Péloponnèse
[11] Sardes est une ancienne ville d’Asie mineure, capitale de la Lydie, sur la rivière Pactole, dans la vallée de l’Hermos.
[12] La Troade est une ancienne région historique du nord-ouest de l’Asie mineure délimitée au nord par la Propontide, au sud par le golfe d’Adramyttion (qui donne sur l’île de Lesbos) et à l’Est par le mont Ida qui culmine à plus de 1700 m. Elle est quelquefois appelée Teucrie par les poètes, du nom de son premier roi Teucros. On y trouve les ruines de la ville de Troie. Cette région et l’Éolide faisaient partie de la Mysie.