Khâemouaset fils de Ramsès II
Quatrième fils de Ramsès II et le deuxième de la seconde grande épouse royale [1] Isis-Néféret . Il est inhumé au sérapéum de Saqqarah [2].
Il naît sûrement à Memphis [3], aux alentours de 1284 av. jc et meurt vers 1224 av. jc, à l’âge d’environ 60 ans, et en l’an 55 du règne de son père. Il devient prince héritier à la mort de son frère aîné, Ramessou vers 50 ou 52 du règne de son père.
Khâemouaset laisse au moins 3 enfants qu’il a eu d’une épouse restée pour le moment anonyme. Khâemouaset comme tous les enfants royaux de Ramsès reçoit une éducation militaire.
Sur un relief du temple de Beit el-Ouali [4], on le voit assister son père lors d’une campagne de pacification de la Basse-Nubie [5]. Cette campagne est datée de la dernière partie du règne de son grand-père Séthi 1er, au temps où Ramsès héritier du trône était corégent. Le prince Khâemouaset devait alors avoir 4 ans.
Plus tard au début du règne autonome de son père il l’accompagne également lors de ses campagnes asiatiques dont notamment la bataille de Qadesh [6]. Puis en l’an 8 du règne de son père, il participe activement à la prise de Dapour [7], cité syrienne, devant laquelle l’armée de pharaon, conduite par ses fils, met le siège et prend d’assaut ses murailles. Khâemouaset devait être âgé à ce moment d’un peu plus de 15 années.
En parallèle de cette carrière militaire précoce, il reçoit aussi une éducation princière, probablement dans l’école du Kep [8].
Khâemouaset, maîtrisant parfaitement l’écriture, appréciant les textes et ayant acquis de grandes connaissances en théologie, se fait une réputation d’érudit.
Vers l’âge de 20 ans, il est nommé prêtre sem [9] de Ptah, chargé du culte des taureaux sacrés. Il décide très vite de modifier et codifier le principe de la mise au tombeau des Apis [10]. Il fait creuser la petite galerie du Sérapéum à Saqqarah donnant accès à plusieurs salles, afin que chaque taureau eût son propre caveau, et crée un temple destiné à la célébration des rites funéraires de tous les Apis décédés.
Il s’intéresse également aux édifices érigés par ses ancêtres. Il entreprend des recherches sur les sites de Gizeh [11], Saqqarah et Abousir [12], s’occupant ainsi des pyramides de Djéser, Chepseskaf , Ounas, Sahourê et du temple solaire de Niouserrê .
Il est attristé par l’état déplorable de certains monuments envahis par les sables et s’emploie à les sauvegarder et à les restaurer, faisant graver sur chaque monument le nom de son propriétaire, celui du pharaon Ramsès II, ainsi qu’un texte ordonnant leur sauvegarde.
Hormis ses activités de grand prêtre et en quelque sorte d’archéologue, Khâemouaset assume de hautes fonctions administratives à Memphis alors que son père était à Pi-Ramsès [13]. Il est également chargé des Fête-Sed [14] du pharaon ; pour les 5 premiers jubilés, Khâemouaset parcourt l’Égypte, annonçant au peuple l’évènement. En l’an 30, Khâemouaset est promu directeur. En l’an 45 du règne de Ramsès II, il est promu grand prêtre de Ptah de Memphis et succède ainsi à Didia dans cette haute fonction religieuse. C’est à ce titre qu’il organise les jubilés de son père et préside au culte du dieu des artisans.
Vers l’an 50, il est choisi pour être le prince héritier de la couronne, mais il n’accède finalement jamais au trône, car il décède vers l’âge de 60 ans, soit en l’an 55 du règne de son père. Il s’était fait aménager un caveau dans le Sérapéum de Saqqarah ainsi qu’une chapelle richement décorée. Son corps est enseveli dans un sarcophage en bois, le visage protégé par un masque en feuille d’or martelée.
Notes
[1] Contrairement aux Égyptiens du peuple, le Pharaon peut avoir plusieurs épouses. À partir de la XIIème dynastie, l’une d’entre elles est dotée du titre particulier de grande épouse royale (hemet nesout ouret). C’est elle qui doit mettre au monde les héritiers du trône. En effet, la théogamie, mythe selon lequel, lors de la conception royale, Amon s’unit à la reine afin de transmettre le sang divin, permet d’accréditer l’hérédité du futur pharaon. Ainsi, la grande épouse véhicule la divine substance à l’enfant royal.
[2] Le Sérapéum de Saqqarah est situé à l’ouest du mastaba de Ti. Il s’agit de la nécropole consacrée au dieu Apis dans laquelle le taureau sacré était enseveli à l’issue d’une vie toute consacrée à des cérémonies et des offrandes dans son temple de Memphis. L’origine de cette nécropole remonte à la XVIIIème dynastie. Sa fondation serait l’œuvre d’Amenhotep III et sa première extension magistrale au règne de Ramsès II. Il ne cessera alors d’être agrandi sous les règnes suivants et jusqu’à la fin de l’époque pharaonique, à l’aube de l’époque chrétienne.
[3] Memphis était la capitale du premier nome de Basse Égypte, le nome de la Muraille blanche. Ses vestiges se situent près des villes de Mit-Rahineh et d’Helwan, au sud du Caire. La légende, rapportée par Manéthon, raconte que Memphis fut fondée par le roi Ménès vers 3000 av.jc. Capitale de l’Égypte durant tout l’Ancien Empire, elle est restée une cité importante tout au long de l’histoire égyptienne, placée sous la protection du dieu Ptah, le patron des artisans dont le temple était l’Hout-ka-Ptah (le « château du ka de Ptah »). C’est de ce terme, qualifiant la maison du dieu, que serait dérivé en grec le mot aegyptus prototype du nom du pays en latin. La ville occupe une place stratégique à l’entrée du delta du Nil et de ce fait regorge d’ateliers et de manufactures, notamment d’armes qui étaient conservées dans de grands arsenaux non loin du port principal de la ville, le Perou Nefer, dont les textes du Nouvel Empire vantent l’activité fébrile. Son histoire est étroitement liée à celle du pays et sa ruine est due, d’abord, à la perte de son rôle économique à la fin de l’Antiquité et la montée d’Alexandrie, puis à l’abandon de ses cultes à la suite de l’édit de Thessalonique.
[4] Le temple d’Amon situé à Beit el-Ouali est un temple nubien de l’Égypte antique dédié au dieu Amon construit au début du règne du pharaon Ramsès II contenant de très beaux bas-reliefs historiques. Il est situé au sud du barrage d’Assouan qui était autrefois la Nubie antique, inondée lors de la construction du barrage. Il a alors été déplacé ainsi que le temple de Kalabsha vers un terrain plus élevé de façon à ne pas être inondé, par une équipe d’archéologues polonais financés conjointement par le Chicago Oriental Institute et un institut suisse. Aujourd’hui, le site d’origine, qui se trouvait à 57 km au sud d’Assouan, est désormais sous les eaux du lac Nasser. Le temple est petit, et a été construit sur un plan cruciforme symétrique. Il est composé d’une cour, d’une antichambre transversale avec deux colonnes et d’un sanctuaire taillé dans la roche environnante, à l’exception de la façade et de sa porte.
[5] La Basse Nubie ou Nubie Egyptienne (l’Ouaouat) se situe entre la première et la deuxième cataracte du Nil. Elle fut très tôt un centre d’intérêt pour l’Égypte pour ses ressources minières et ses produits rares tels que l’ivoire, l’ébène.... Ces richesses entraîneront l’Égypte à mettre en place une politique visant à coloniser cette région qui s’étend d’Assouan à la deuxième cataracte. Cette colonisation fut menée dès le début du Moyen Empire. Sésostris 1er soumit définitivement la Basse Nubie et l’occupa en installant des garnisons dans un certain nombre de solides forteresses implantées à tous les points stratégiques. Ces forteresses étaient situées soit au voisinage des centres de population nubiens pour maintenir l’ordre, soit à l’entrée des oueds désertiques conduisant aux mines d’or qui furent, pour la première fois, exploitées sur une grande échelle. L’occupation égyptienne de la Basse Nubie se maintint des environs de 2000 av. jc aux premières années après 1700 av. jc. En Égypte, des envahisseurs étrangers, appelés Hyksos, prirent le pouvoir, et la tutelle exercée sur la Basse Nubie prit fin.
[6] Qadesh ou Kadesh est une ville de la Syrie antique. Elle correspond au site actuel de Tell Nebi Mend, situé à 24 km au sud-ouest d’Homs, en amont du lac Qattina ou lac de Homs, sur la rive ouest de l’Oronte à proximité de la frontière libanaise. Elle fut le lieu de batailles dont la plus célèbre, qui eut lieu au début du 13ème siècle avant notre ère, opposa deux grandes puissances de l’époque : les armées de l’empire hittite menées par Muwatalli II et de l’Égypte menées par Ramsès II.
[7] Le siège de Dapour est un évènement de la campagne militaire de Ramsès II en Galilée vers 1271 av. jc (an 8 de son règne). Des représentations de cette nouvelle bataille ont été gravées en relief sur les murs des temples de Ramsès II en Égypte dont notamment celui de Louxor et celui du Ramesséum. Dapour est conquise et Ramsès y fait ériger une statue à son effigie, y installant également une garnison à demeure. Cette prise représente pour Ramsès une revanche sur la semi-défaite de Qadesh. En tenant cette position plus septentrionale il démontrait sa capacité à prendre aux hittites un point stratégique d’importance séparant l’Amourrou de leur emprise.
[8] institution traditionnellement réservée à l’éducation des enfants royaux
[9] Le clergé de l’Égypte antique est composé d’une multitude de prêtres et prêtresses qui assuraient le culte des nombreuses divinités de la religion égyptienne
[10] Apis est le nom grec d’un taureau sacré de la mythologie égyptienne vénéré dès l’époque préhistorique. Les premières traces de son culte sont représentées sur des gravures rupestres, il est ensuite mentionné dans les textes des pyramides de l’Ancien Empire et son culte perdura jusqu’à l’époque romaine. Apis est symbole de fertilité, de puissance sexuelle et de force physique.
[11] Gizeh, est une ville d’Égypte, située sur la rive gauche du Nil, face à la vieille ville du Caire. La renommée internationale de Gizeh est due aux célèbres grandes pyramides de Khéops, Khéphren et Mykérinos, ainsi qu’au Sphinx, témoins de la civilisation égyptienne antique, situés sur le plateau à quelques kilomètres de la ville.
[12] Abousir est un site archéologique situé à 25 kilomètres au Sud-Ouest du Caire, connu par les pyramides de plusieurs pharaons de la 5ème dynastie. Des quatorze monuments principaux fouillés et partiellement restaurés, dont au moins sept pyramides, seules cinq sont encore visitables, celles des pharaons Sahourê, Niouserrê, Néférirkarê et Néferefrê, ainsi que la pyramide de la reine Khentkaous II.
[13] Pi-Ramsès (ou Per-Ramsès), situé à l’emplacement de l’actuelle Qantir, fut la capitale de l’Égypte sous les XIXème et XXème dynasties. Signifiant Maison de Ramsès, cette cité riche et prospère fut le centre du pouvoir à l’époque ramesside. Établie sur la branche pélusiaque du Nil, son emplacement fut choisi sur le site de l’actuelle localité de Qantir, à proximité immédiate d’Avaris, l’ancienne capitale des Hyksôs, qui avaient régné sur la Basse-Égypte lors de la Deuxième Période intermédiaire. Séthi 1er y avait bâti un premier palais qui sera agrandi par son fils Ramsès II, quand celui-ci y établit la capitale dynastique.
[14] Dans l’Égypte antique, la fête-Sed (heb-sed) était la fête de jubilé célébrée traditionnellement à partir de la trentième année de règne d’un pharaon. Elle fait partie de la tradition pharaonique qui débute avec les premières dynasties (notamment sous Pépi 1er) et perdure au moins jusqu’à la XXIIème dynastie